Créations de postes, léger recul du chômage, mais montée du sous-emploi et vulnérabilité accrue des jeunes et des femmes. Les derniers indicateurs du Haut-Commissariat au Plan dressent le portrait contrasté d’un marché du travail marocain en amélioration relative, encore traversé par de profondes tensions structurelles.
L’économie nationale a créé 193.000 emplois entre 2024 et 2025, selon les dernières données publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Une dynamique globalement positive, portée quasi exclusivement par le milieu urbain, qui concentre plus de 200.000 nouveaux postes, tandis que le monde rural enregistre une perte nette d’emplois.
Cette progression s’explique principalement par la hausse de l’emploi rémunéré, en augmentation de près de 250.000 postes sur un an, contrastant avec le recul de l’emploi non rémunéré. Le taux d’emploi national s’améliore légèrement pour s’établir à 37,8%, une évolution portée par les villes, alors que les campagnes continuent de décrocher.
Dans le même temps, le taux de chômage recule à 13% en 2025, soit une baisse de 0,3 point par rapport à l’année précédente. Le nombre de chômeurs diminue de 17.000 personnes, avec une amélioration plus marquée en milieu urbain. Les hommes bénéficient davantage de cette tendance, tandis que le chômage progresse chez les femmes, atteignant plus de 20%, mais la baisse du chômage masque une autre réalité : moins d’un Marocain sur deux en âge de travailler est réellement actif sur le marché du travail.
Le tableau reste particulièrement préoccupant pour les jeunes de 15 à 24 ans, dont le taux de chômage dépasse désormais 37%, en hausse sur un an. Une situation qui contraste avec l’amélioration observée chez les autres tranches d’âge et souligne la difficulté persistante de l’insertion professionnelle des primo-demandeurs d’emploi.
Autre signal d’alerte : la montée continue du sous-emploi, qui concerne désormais près de 1,2 million de personnes. Tous les secteurs sont touchés, avec une aggravation notable dans le bâtiment et travaux publics, l’agriculture et les services. Le sous-emploi lié à l’insuffisance de revenus ou à l’inadéquation entre formation et emploi progresse également, traduisant un décalage croissant entre la qualité des emplois créés et les attentes de la population active.
En définitive, si les chiffres confirment une reprise quantitative de l’emploi, ils révèlent aussi les limites d’un marché du travail encore marqué par la précarité, les inégalités de genre et la difficulté d’absorption des jeunes diplômés. Un défi structurel qui dépasse la seule question des créations de postes.


