L’horloge de l’apocalypse affiche désormais 85 secondes avant minuit, un seuil inédit depuis sa création en 1947. Le Bulletin of the Atomic Scientists a annoncé ce mardi avoir avancé l’aiguille de quatre secondes supplémentaires, en raison d’un cumul de menaces jugées critiques : risque nucléaire accru, dérèglement climatique incontrôlé et explosion de la désinformation. Pour les scientifiques, le monde évolue dans une zone de danger immédiat, marquée par l’érosion des mécanismes de coopération internationale.
Cette décision intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Un an après le début du second mandat de Donald Trump, les équilibres mondiaux ont été profondément bousculés. Retraits d’accords multilatéraux, actions militaires unilatérales et discours de rupture ont contribué à durcir les rapports entre grandes puissances. Les États-Unis, la Russie, la Chine et d’autres acteurs majeurs sont décrits par le comité d’experts comme plus agressifs, plus nationalistes et moins enclins au compromis. L’évaluation finale a été arrêtée après consultation d’un panel incluant huit lauréats du prix Nobel, gage de la gravité du constat posé.
Au cœur des préoccupations figure la menace d’une nouvelle course aux armements nucléaires. Le traité New START, dernier pilier du contrôle des arsenaux stratégiques entre Washington et Moscou, arrive à expiration sans garantie de renouvellement. En parallèle, la Maison-Blanche pousse un projet de système antimissile spatial, surnommé le « Dôme d’or », qui ouvrirait la voie au déploiement d’armes en orbite. Pour les scientifiques, une telle dynamique pourrait, pour la première fois depuis un demi-siècle, laisser le champ libre à une escalade nucléaire sans cadre juridique contraignant.
La dégradation du climat mondial pèse tout autant dans la balance. Les émissions de dioxyde de carbone atteignent des niveaux records, malgré les alertes répétées de la communauté scientifique. Là encore, le revirement de la politique américaine en matière de lutte contre le changement climatique est pointé du doigt, affaiblissant les efforts collectifs alors que les phénomènes extrêmes se multiplient sur tous les continents.
À ces menaces s’ajoute un facteur désormais central : la désinformation de masse. Maria Ressa, journaliste philippine et prix Nobel de la paix, a dénoncé un « Armageddon de l’information », alimenté par des technologies capables de propager le faux plus vite que le vrai, tout en monétisant la polarisation des sociétés. Pour le Bulletin, cette crise informationnelle fragilise les démocraties, accentue les divisions internes et réduit la capacité des États à répondre rationnellement aux dangers globaux.
Les experts ont également exprimé leur inquiétude face à la montée des dérives autoritaires, y compris dans des pays longtemps présentés comme des modèles démocratiques. Des événements récents survenus aux États-Unis, notamment lors de manifestations liées aux politiques migratoires, sont cités comme des signaux d’alerte sur l’affaiblissement des contre-pouvoirs et le recul des droits civiques. L’histoire, rappellent-ils, montre que l’absence de responsabilité politique nourrit l’instabilité et la violence.
Créée à l’aube de la Guerre froide par des scientifiques, dont Albert Einstein, impliqués dans le projet Manhattan, l’horloge de l’apocalypse devait à l’origine mesurer le risque nucléaire. Réglée à sept minutes de minuit en 1947, elle intègre aujourd’hui des critères élargis : pandémies, biotechnologies, intelligence artificielle, climat et désinformation étatique. Chaque ajustement annuel se veut moins une prophétie qu’un signal d’alarme.
À 85 secondes de minuit, le message du Bulletin est limpide : le danger n’est plus abstrait. Sans décisions politiques rapides, coordonnées et fondées sur la science, les garde-fous qui ont jusque-là contenu les crises majeures pourraient céder, laissant place à une instabilité durable dont les conséquences seraient impossibles à maîtriser.

