Rabat a réuni, jeudi 29 janvier 2026, les principaux acteurs publics et privés de l’horticulture marocaine autour d’un constat devenu central pour l’avenir du secteur : la compétitivité ne se joue plus seulement sur l’eau et la technologie, mais aussi sur le travail humain. Organisée par l’Association marocaine pour le développement des ressources humaines (AMDRHA), avec la participation du Secrétariat d’État chargé de l’Emploi, la conférence nationale consacrée à l’avenir du travail horticole a débouché sur le lancement d’un chantier structurant pour la période 2026–2030, visant à professionnaliser l’emploi agricole et à renforcer les conditions de travail.
Dans un secteur fortement tourné vers l’export et soumis à des standards internationaux de plus en plus exigeants, la question sociale s’impose désormais comme un levier économique. Les échanges ont convergé vers la même réalité : disponibilité de la main-d’œuvre, stabilité des équipes et qualité des conditions d’emploi influencent directement la performance des filières horticoles marocaines sur les marchés étrangers.
La rencontre a également marqué l’émergence d’un « Partenariat pour l’Action en faveur du Travail Décent dans l’horticulture », cadre multipartite appelé à piloter l’élaboration d’une feuille de route nationale dédiée au travail horticole. L’objectif affiché consiste à dépasser les initiatives isolées pour installer une stratégie coordonnée, fondée sur des données concrètes du marché du travail agricole et sur des engagements mesurables.
Présidant la conférence, le secrétaire d’État chargé de l’Emploi, Hicham Sabiry, a rappelé l’orientation des pouvoirs publics en faveur de l’emploi formel, de la protection sociale et du respect des normes nationales et internationales du travail. Il a insisté sur le rôle de l’État dans la structuration des parcours professionnels agricoles et dans le développement des compétences, un enjeu devenu stratégique pour la pérennité du secteur.
De son côté, le président de l’AMDRHA, Otman El Qacemi, a plaidé pour une vision partagée du travail horticole, capable de produire des réponses opérationnelles. Selon lui, la dispersion des discussions ne permet plus de répondre à l’ampleur des défis, qu’il s’agisse de rotation de la main-d’œuvre, de conditions de logement, de transport des travailleurs ou d’intégration des femmes dans l’emploi agricole.

Les travaux se sont appuyés sur un diagnostic détaillé intégrant des données sociodémographiques, l’analyse des bassins d’emploi et l’évolution des attentes des travailleurs. Les participants ont souligné que les acheteurs internationaux intègrent désormais des critères liés aux droits humains, aux conditions de travail et au devoir de vigilance dans leurs décisions d’approvisionnement. Pour les producteurs marocains, la dimension sociale devient ainsi un facteur d’accès aux marchés.
Au-delà des exigences extérieures, plusieurs intervenants ont défendu une logique interne de performance : un salarié formé, protégé et mieux rémunéré reste plus longtemps dans l’entreprise, gagne en productivité et contribue à la stabilité des exploitations. Les transitions climatiques et technologiques en cours dans l’agriculture marocaine renforcent encore ce besoin de compétences et de professionnalisation.
Une comparaison avec des expériences étrangères a nourri la réflexion, en mettant en avant des pays ayant réussi à concilier rendement économique et gouvernance sociale du travail agricole. Ces références internationales ont servi de base pour identifier des réformes adaptables au contexte marocain.
La conférence a rassemblé plus de 200 participants issus d’institutions publiques, d’organisations professionnelles, d’entreprises horticoles et de partenaires financiers. Des acteurs majeurs comme Driscoll’s, Comader, Interproberries Maroc, Apefel ou Maroc Citrus ont pris part aux discussions aux côtés de représentants des travailleurs. Tous ont convergé vers la nécessité d’une action collective pour sécuriser la main-d’œuvre et améliorer durablement les conditions de vie en milieu rural.
Mario Steta, vice-président Corporate Affairs EMEA chez Driscoll’s, a estimé que la place du Maroc sur la scène internationale dépendra de sa capacité à créer des emplois sûrs, qualifiés et reconnus. L’investissement dans les femmes et les hommes du secteur constitue, selon lui, un choix stratégique autant qu’économique.
Cinq axes prioritaires ont été retenus pour structurer la future feuille de route : élargissement de la protection sociale, modernisation du cadre réglementaire, organisation de la mobilité saisonnière avec des solutions de logement et de transport, ouverture du secteur à de nouveaux profils de travailleurs éligibles et renforcement de la productivité par la formation et la montée en compétences.
Les orientations présentées reposent sur le volontariat, le respect du cadre légal et l’alignement sur les normes internationales du travail. Elles visent à doter l’horticulture marocaine d’un référentiel commun pour répondre à la fois aux attentes des marchés et aux réalités sociales locales.
À travers cette initiative, l’AMDRHA confirme sa position de plateforme de référence en matière de ressources humaines au Maroc. En réunissant décideurs, experts et entreprises, l’association cherche à faire du travail un moteur de compétitivité durable. Pour l’horticulture marocaine, l’équation se précise : maintenir sa place à l’export passera autant par la qualité des produits que par la qualité des emplois qui les rendent possibles.

