L’essor rapide de l’intelligence artificielle générative transforme déjà le monde du travail, mais cette mutation technologique n’impacte pas tous les travailleurs de la même manière. Selon une étude publiée en mars 2026 par l’Organisation internationale du Travail (OIT), les femmes sont globalement plus exposées aux effets de l’IA générative que les hommes, en raison de leur forte présence dans des métiers administratifs et de soutien particulièrement susceptibles d’être automatisés.
Cette évolution ne signifie pas nécessairement une disparition massive d’emplois. Elle traduit plutôt une transformation profonde des tâches, des compétences et de l’organisation du travail, avec des conséquences importantes pour l’égalité professionnelle.
Des métiers féminisés davantage exposés à l’IA
L’analyse de l’OIT repose sur un indice mondial d’exposition des métiers à l’intelligence artificielle générative, construit à partir de données couvrant 84 pays. Les résultats montrent un écart significatif entre professions majoritairement masculines et féminines. Près de 29 % des professions dominées par les femmes sont exposées à l’IA générative, contre 16 % des professions dominées par les hommes. Les métiers administratifs, la gestion documentaire ou les fonctions de secrétariat figurent parmi les plus concernés.
Certaines tâches comme la saisie de données, la gestion de documents ou le traitement de texte peuvent être facilement automatisées par des systèmes d’IA. À l’inverse, des secteurs plus masculins, comme la construction, l’industrie ou l’agriculture, reposent davantage sur des activités manuelles ou techniques moins automatisables à court terme.
Une transformation du travail plus qu’une disparition des emplois
Malgré ces risques, l’étude nuance l’idée d’un remplacement massif des travailleurs par l’IA. Dans la plupart des cas, la technologie devrait modifier la nature du travail plutôt que supprimer les emplois. Les outils d’IA pourraient automatiser certaines tâches répétitives, permettant aux salariés de se concentrer sur des activités plus analytiques ou créatives. Cette transition implique toutefois une adaptation rapide des compétences et des organisations professionnelles.
Dans certains secteurs, l’introduction de ces technologies pourrait même améliorer les conditions de travail. L’IA peut par exemple alléger certaines charges physiques, optimiser la gestion des tâches ou renforcer la sécurité.
Des écarts d’exposition selon les régions du monde
L’impact de l’IA générative varie également selon le niveau de développement économique. Dans les pays à revenu élevé, 41 % des emplois sont potentiellement exposés à l’IA, contre seulement 11 % dans les pays à faible revenu. Cette différence s’explique par la structure des économies. Les pays développés concentrent davantage d’emplois dans les services et les activités administratives, où l’IA est plus facilement applicable. À l’inverse, dans de nombreuses économies à revenu faible ou intermédiaire, une part importante de l’emploi reste liée à l’agriculture ou aux activités informelles, moins concernées par l’automatisation.
Une sous-représentation persistante des femmes dans les métiers de l’IA
Paradoxalement, alors qu’elles sont plus exposées aux transformations liées à l’IA, les femmes restent minoritaires dans les professions qui développent ces technologies. À l’échelle mondiale, elles représentent environ 30 % de la main-d’œuvre dans l’intelligence artificielle et leur présence reste faible dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques.
Cette sous-représentation peut avoir des effets concrets sur la conception des systèmes d’IA. Lorsque les équipes de développement sont peu diversifiées, les algorithmes risquent de reproduire certains biais existants, notamment dans le recrutement, l’évaluation professionnelle ou l’accès au crédit.
Un enjeu majeur pour l’avenir du travail
Pour les auteurs de l’étude, l’issue dépendra largement des choix politiques et économiques des prochaines années. Former les travailleurs aux nouvelles compétences numériques, favoriser l’accès des femmes aux métiers technologiques et intégrer l’égalité de genre dans la conception des systèmes d’IA figurent parmi les priorités identifiées. L’intelligence artificielle peut devenir un levier de productivité et d’innovation, mais sans politiques adaptées, elle pourrait aussi renforcer des inégalités déjà présentes sur le marché du travail.



