Le ministère de l’Industrie et du Commerce a déclenché, ce 13 avril, une enquête de sauvegarde sur les importations de riz au Maroc, après une hausse rapide des volumes importés qui fragilise la production nationale. À l’origine de cette procédure, deux acteurs majeurs du secteur, Mlah Mechich Alami et Mundiriz, qui concentrent à eux seuls près de 78 % de la production locale, alertent sur une situation devenue critique pour la filière rizicole.
En l’espace de trois ans, les importations ont plus que doublé, passant de près de 55 000 tonnes en 2022 à plus de 118 000 tonnes en 2025, soit une progression de 116 %. Leur poids sur le marché dépasse désormais largement celui de la production nationale, atteignant plus de huit fois le volume produit localement. Cette évolution intervient dans un contexte déjà fragilisé par une chute brutale de la récolte, tombée à environ 7 000 tonnes en 2024 après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse.
Face à cet afflux, les industriels du secteur dénoncent un déséquilibre profond du marché. Les rizeries, notamment implantées dans les bassins du Gharb et du Loukkos, peinent à écouler leur production et à maintenir leur activité. La reprise attendue grâce aux précipitations de l’hiver 2025-2026 pourrait ainsi être compromise par la présence massive de riz importé accumulé ces dernières années.
Au-delà des facteurs internes, la situation s’explique aussi par des dynamiques internationales. Le marché mondial du riz a connu un retournement avec une offre excédentaire, tandis que certains grands exportateurs, dont l’Inde, ont levé des restrictions qui limitaient jusque-là les ventes à l’étranger. Résultat : des flux commerciaux redirigés vers des marchés jugés accessibles, parmi lesquels le Maroc. L’Inde s’est d’ailleurs imposée comme le principal fournisseur, représentant plus de la moitié des importations lors de la campagne 2023-2024.
À cela s’ajoute un choix politique qui a pesé sur l’équilibre du secteur. Fin 2024, les autorités avaient suspendu les droits de douane et la TVA sur le riz importé afin de contenir les prix pour les consommateurs, alors que la production nationale était en forte baisse. Si cette décision a permis d’éviter une hausse des prix sur le marché intérieur, elle a également facilité l’entrée massive de produits étrangers, accentuant la pression sur les producteurs locaux.
La filière rizicole marocaine reste pourtant stratégique à l’échelle locale. Concentrée principalement dans la plaine du Gharb, elle couvre environ 12 000 hectares et fait vivre quelque 2 500 agriculteurs, tout en générant près de 1,5 million de journées de travail chaque année. Structurée autour de coopératives issues de la réforme agraire, elle repose sur un savoir-faire technique consolidé au fil des décennies, avec des rendements pouvant atteindre 8 tonnes à l’hectare dans certaines zones.
L’enquête ouverte par le ministère devra déterminer si l’augmentation des importations constitue un préjudice grave au sens des règles de l’Organisation mondiale du commerce. En cas de confirmation, le Maroc pourrait instaurer des mesures de sauvegarde temporaires, comme des droits de douane supplémentaires ou des quotas, afin de permettre à la production nationale de retrouver un équilibre.
À court terme, l’enjeu dépasse la seule question commerciale. Il s’agit de préserver une activité agricole ancrée dans des territoires spécifiques, où les alternatives culturales restent limitées. Le sort de la filière dépend désormais des conclusions de cette enquête, attendues par l’ensemble des acteurs du secteur.


