Les inondations survenues à Casablanca dans la nuit de samedi à dimanche, marquées par la submersion de plusieurs rues, tunnels et par la montée spectaculaire des eaux sur l’autoroute à l’entrée de la ville, ont ravivé un débat récurrent : pourquoi ce scénario se répète-t-il à chaque épisode de fortes pluies, notamment dans la zone d’Aïn Sebaâ ?
Invité de l’émission Sans langue de bois sur Med Radio, le professeur Mohamed Saïd Qrouq, enseignant en sciences du climat à l’Université Mohammed V de Rabat, a livré une lecture sans détour de la situation. Selon lui, l’origine du problème n’est ni la qualité du revêtement routier ni un défaut d’entretien, mais une erreur de planification remontant au début des années 1980.
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L’expert explique que les précipitations intenses n’ont fait que révéler une fragilité structurelle ancienne. Les cartes topographiques, rappelle-t-il, montrent clairement qu’un oued naturel traversait historiquement la zone d’Aïn Sebaâ. Même asséché pendant plusieurs décennies, ce cours d’eau n’a jamais cessé d’exister d’un point de vue géographique. « La nature finit toujours par reprendre ses droits », souligne-t-il, notant que des phénomènes similaires sont observés ailleurs au Maroc, où d’anciens oueds ou massifs hydrauliques réapparaissent après parfois un siècle de silence.
Or, lors de la construction de ce tronçon autoroutier entre 1980 et 1981, ces données n’auraient pas été intégrées dans la conception du projet. Aucune infrastructure adaptée; comme une passerelle hydraulique ou un ouvrage permettant l’écoulement naturel des eaux, n’a été prévue. Résultat : à chaque épisode pluvieux important, l’eau s’accumule, transformant l’axe routier en bassin de rétention improvisé.
Pour le professeur Qrouq, le cas d’Aïn Sebaâ illustre un problème plus large. De nombreux sinistres urbains ne sont pas uniquement la conséquence de conditions climatiques extrêmes, mais le produit de décisions humaines qui ont ignoré la réalité du terrain. Construire sur le lit d’un oued, même ancien, revient à exposer durablement les infrastructures et les populations à des risques récurrents.
Un constat qui pose, une fois de plus, la question de la prise en compte de la géographie et de la mémoire hydrologique des territoires dans les politiques d’aménagement urbain, à l’heure où les épisodes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses.

