Alors que les tensions entre l’Iran, ses alliés régionaux et les États-Unis continuent d’alimenter les inquiétudes au Moyen-Orient, les conséquences de cette crise dépassent largement le cadre géographique du conflit. Hausse des prix de l’énergie, perturbations du transport aérien et maritime, pression sur les chaînes d’approvisionnement : le Maroc suit de près une situation dont les effets pourraient se faire sentir sur plusieurs secteurs stratégiques.
Pour Saoussana Berkoun, analyste géopolitique, la séquence actuelle pourrait marquer un tournant.
« Nous sommes à un moment charnière », estime-t-elle. Selon l’experte, un projet d’accord préliminaire entre Washington et Téhéran aurait été conclu ces derniers jours afin de prolonger un cessez-le-feu temporaire et d’ouvrir la voie à des négociations plus approfondies. Une avancée diplomatique qui, si elle se confirme, constituerait le signal le plus encourageant depuis le début des hostilités.
Toutefois, la prudence reste de mise.
« Les principaux points de blocage demeurent la question nucléaire iranienne et le contrôle du détroit d’Ormuz », souligne-t-elle. Deux dossiers sensibles qui continuent d’alimenter l’incertitude sur la stabilité future de la région.
L’incident de Barakah ravive les inquiétudes nucléaires
Les tensions se sont accentuées après l’attaque ayant visé, le 17 mai dernier, le périmètre de la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis.
Selon les autorités émiraties, trois drones lancés depuis le territoire irakien seraient à l’origine de l’incident. L’enquête pointe vers des groupes armés proches de l’Iran.
Même si les installations nucléaires n’ont pas été directement touchées, l’événement a provoqué une vive réaction de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
« Une frappe directe aurait pu entraîner une dispersion radioactive importante et nécessiter des évacuations massives », rappelle Saoussana Berkoun, évoquant les avertissements formulés par le directeur général de l’organisation, Rafael Grossi.
Le Maroc plaide pour une protection renforcée des sites nucléaires civils
Face à cette situation, Rabat entend défendre le principe de protection des infrastructures nucléaires à vocation civile.
« L’objectif est de renforcer les mécanismes internationaux de protection des infrastructures nucléaires civiles et de rappeler qu’elles ne doivent en aucun cas devenir des cibles militaires », explique-t-elle.
Royal Air Maroc confrontée aux effets de la crise
Les premières répercussions économiques sont déjà visibles dans le secteur aérien. La fermeture partielle de certains espaces aériens au Moyen-Orient, combinée à l’augmentation du coût du carburant, pèse sur l’activité des compagnies aériennes internationales.
Royal Air Maroc n’échappe pas à cette réalité. « La compagnie nationale subit simultanément les contraintes liées aux restrictions aériennes dans la région et la flambée du prix du kérosène », note l’experte.
Pour autant, elle considère que la situation ne remet pas en cause la compétitivité structurelle du transporteur marocain.
Au contraire, les difficultés rencontrées par les grands hubs du Golfe pourraient ouvrir de nouvelles perspectives à Casablanca pour renforcer son rôle de plateforme de correspondance entre l’Europe et l’Afrique.
Le transport maritime sous pression
Les inquiétudes sont plus marquées du côté du transport maritime. La multiplication des risques sécuritaires dans le Golfe a déjà conduit certains armateurs à revoir leur politique tarifaire. Le géant MSC a notamment instauré des surtaxes liées au contexte de guerre sur certaines routes commerciales.
Une situation qui pourrait affecter indirectement le Maroc. « Les importations énergétiques, certaines matières premières industrielles et une partie des flux logistiques internationaux restent sensibles à l’évolution de la situation dans la région , souligne Berkoun.»
Le pétrole, principal sujet de préoccupation
Pour l’économie marocaine, la principale menace demeure la hausse des prix de l’énergie.
Le baril de Brent a franchi la barre des 100 dollars, bien au-dessus des hypothèses retenues dans la loi de finances 2026.
Cette évolution risque d’alourdir la facture énergétique du Royaume et de provoquer des effets en cascade sur les coûts du transport, des importations et de certaines activités industrielles.
Concernant le transport routier, les conséquences seraient essentiellement économiques.
« Toute augmentation durable du prix des carburants se répercute mécaniquement sur les coûts logistiques et, à terme, sur les prix de nombreux produits », rappelle l’analyste.
Un Maroc mieux armé qu’auparavant
Malgré ces incertitudes, Saoussana Berkoun estime que le Maroc aborde cette période dans une position relativement favorable.
Elle rappelle que le Royaume vient d’être classé premier pays industriel d’Afrique selon le dernier indice publié par la Banque africaine de développement, une reconnaissance qui reflète la montée en puissance de secteurs comme l’automobile, l’aéronautique ou encore la transformation des phosphates.
« Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’infrastructures logistiques solides, d’une gouvernance stable et d’une diversification progressive de son économie », affirme-t-elle.
Dans un contexte international marqué par les crises successives, ces atouts pourraient contribuer à limiter l’impact des turbulences géopolitiques et à préserver l’attractivité du Royaume auprès des investisseurs internationaux.

