Tetsuya Yamagami, l’homme jugé pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, a été condamné mercredi à la prison à vie par le tribunal de Nara, trois ans après ce drame qui avait profondément marqué le Japon et suscité une onde de choc internationale. L’ancien chef de gouvernement, âgé de 67 ans au moment de son décès, avait été abattu par une arme artisanale lors d’un meeting électoral le 8 juillet 2022, à Nara, près de Kyoto.
Le juge Shinichi Tanaka a souligné que Yamagami s’était montré « déterminé » à tuer Shinzo Abe et que le fait de l’avoir frappé par-derrière, alors que la victime ne s’y attendait pas, révélait un acte « méprisable et extrêmement malveillant ». Dans un pays où les homicides par arme à feu restent rarissimes, cet assassinat avait profondément traumatisé la société japonaise. Lors de l’ouverture du procès en octobre, Tetsuya Yamagami avait reconnu les faits. Le parquet avait requis la prison à perpétuité, qualifiant le meurtre d’événement « inédit dans l’histoire d’après-guerre » et soulignant ses « conséquences extrêmement graves » pour la société.
L’assassin présumé nourrissait une rancune envers Shinzo Abe en raison de ses liens supposés avec l’Église de l’Unification, communément appelée « secte Moon ». Fondée en 1954 en Corée du Sud par Sun Myung Moon, l’organisation s’était rapprochée du monde politique, M. Abe ayant participé à des événements liés à cette mouvance. Selon l’accusation, Yamagami avait commencé dès 2020 à fabriquer son arme à feu à partir de tutoriels trouvés en ligne, motivé par un ressentiment croissant envers l’organisation.
Les avocats de la défense ont détaillé une enfance marquée par le suicide de son père alors qu’il avait quatre ans et la détresse de sa mère, qui avait versé près de 100 millions de yens (environ un million de dollars à l’époque) à la secte Moon, entraînant la ruine familiale. Ces épreuves ont conduit Yamagami à renoncer à ses études et à tenter de mettre fin à ses jours en 2005. La mort de son frère, reconnue comme un suicide il y a dix ans, a également été évoquée pour illustrer le sentiment d’une vie « gâchée » par l’influence de l’organisation religieuse.
Si le juge a reconnu que l’éducation et les expériences personnelles de Yamagami avaient « joué un rôle indirect » dans la formation de sa personnalité, il a insisté sur le fait que chaque acte criminel était le résultat d’une décision personnelle, justifiant une condamnation sévère. L’affaire a également révélé les liens étroits entre l’Église de l’Unification et plusieurs élus du Parti libéral-démocrate (PLD), provoquant la démission de quatre ministres et une enquête interne montrant que la moitié des parlementaires du PLD entretenaient des relations avec la secte. En avril 2025, un tribunal japonais a ordonné la dissolution de la branche locale de l’organisation, en raison des « dommages sans précédent » causés à la société.
L’assassinat de Shinzo Abe a mis en lumière des lacunes dans le dispositif de sécurité, entraînant un renforcement de la législation sur les armes en 2024. Lors de sa sortie du tribunal, Tetsuya Yamagami est resté silencieux, sans saluer ni manifester de colère, témoignant d’une apparente résignation à son sort. La veuve de l’ancien Premier ministre, Akie Abe, a appelé l’accusé à « faire face à ce qu’il a fait et à payer pour le crime d’avoir pris la vie de mon précieux mari ».

