Depuis 2007, date à laquelle les Nations Unies ont instauré le 2 avril comme Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, la communauté internationale a progressivement fait évoluer son regard sur cette condition. D’une approche initialement centrée sur la sensibilisation, l’ONU privilégie aujourd’hui une vision fondée sur l’inclusion, la reconnaissance des droits humains et la dignité des personnes autistes.
Dans cette continuité, l’édition 2026, placée sous le thème « Autisme et humanité : chaque vie a de la valeur », met en avant la neurodiversité comme une composante essentielle des sociétés contemporaines, en cohérence avec les Objectifs de développement durable, notamment en matière d’éducation, de santé et de réduction des inégalités.
Nous avons sollicité, Safaâ Trirach, orthophoniste au CHU Hassan II de Fès et à l’hôpital Omar Drissi, qui apporte un éclairage de terrain sur la prise en charge de l’autisme.
En tant qu’orthophoniste, quels sont les signes précoces qui doivent alerter les parents ?
Les premiers signes apparaissent souvent avant l’âge de 3 ans. On observe un retard ou une absence de langage, une faible ou même absence de réaction au prénom, peu de contact visuel et un manque d’intention pour la communication. L’enfant peut également ne pas pointer du doigt, n’imite pas , ou utiliser les objets de manière inhabituelle. Même lorsque le langage est présent, il peut être atypique, avec des répétitions ou une difficulté à communiquer de façon fonctionnelle ( je cite cela car il y a des parents qui refuse le diagnostique juste parce que leur enfant parle ) . Ces signes doivent encourager à consulter rapidement, car une prise en charge précoce est essentielle.
Les premiers signes apparaissent souvent avant l’âge de 3 ans. On observe un retard ou une absence de langage, une faible ou même absence de réaction au prénom, peu de contact visuel et un manque d’intention pour la communication.
Quel est aujourd’hui l’état des lieux de l’autisme au Maroc ?
Au Maroc, la situation évolue progressivement de manière positive. La sensibilisation s’est améliorée ces dernières années, notamment grâce aux associations et à l’implication de certains professionnels, le rôle des réseaux sociaux a été très important ( même si pas toujours fiable). Cependant, le diagnostic reste souvent tardif, et l’accès aux soins spécialisés, dont l’orthophonie, la psychomotricité aussi que je juge très importante en autisme demeure inégal selon les régions. Il existe encore un besoin important de de formation continu et spécialisée. Malgré ces défis, on observe une réelle prise de conscience et une volonté d’amélioration chez les professionnels et les parents.
Le développement de structures pluridisciplinaires accessibles et une meilleure coordination entre professionnels sont indispensables. L’orthophoniste joue ici un rôle clé, en aidant l’enfant.
Quels sont les principaux besoins en matière de sensibilisation et d’accompagnement des familles ?
Les familles ont besoin avant tout d’information , de soutien , et d’accompagnement dès les premiers doutes, parce que les parents sont souvent vulnérable et mal l’annonce du diagnostique , donc il faut être à leur côté après l’annonce du diagnostique.
il est essentiel de renforcer la sensibilisation pour favoriser un repérage précoce et lutter contre les idées reçues. Les parents doivent également être guidés concrètement, avec des outils pratiques pour stimuler la communication de leur enfant au quotidien. Le développement de structures pluridisciplinaires accessibles et une meilleure coordination entre professionnels sont indispensables. L’orthophoniste joue ici un rôle clé, en aidant l’enfant .
Qu’est-ce que l’autisme et comment se manifeste-t-il ?
«En tant qu’orthophoniste, je définis l’autisme comme un trouble du neurodéveloppement qui affecte principalement la communication, les interactions sociales et la flexibilité du comportement. Ce n’est pas une maladie, mais une manière différente de percevoir et de traiter le monde.
Dans ma pratique , j’ai rencontré des profils variés, car on parle aujourd’hui de trouble du spectre de l’autisme TSA .Chez certains enfants, cela se manifeste par un retard ou une absence de langage, un manque de contact visuel, ou des difficultés à entrer en relation. D’autres peuvent parler, mais présentent des difficultés à comprendre les implicites, les émotions ou les règles sociales.
Je remarque aussi souvent des comportements répétitifs, un attachement fort aux routines, ou des particularités sensorielles par exemple une hypersensibilité aux bruits ou au toucher.
Ce qui est important de souligner, c’est que chaque enfant est unique. Mon rôle en tant qu’orthophoniste est justement d’adapter l’accompagnement à son profil, en travaillant la communication sous toutes ses formes, verbales ou non verbales, et en impliquant beaucoup les parents, ce qui est essentiel dans notre contexte culturel.»
Comment l’autisme se manifeste-t-il à l’âge adulte et quels sont les défis d’insertion sociale et professionnelle ?
« À l’âge adulte, l’autisme ne disparaît pas, mais il évolue. Les adultes TSA développent des stratégies de compensation, notamment sur le plan du langage. Cependant, les difficultés sociales persistent souvent.
Les défis majeurs concernent surtout la compréhension des codes sociaux implicites : savoir comment se comporter dans un entretien d’embauche, gérer les interactions avec les collègues, ou encore s’adapter à des environnements professionnels parfois imprévisibles.
Au Maroc, ces difficultés sont souvent amplifiées par un manque de sensibilisation et de structures adaptées. L’insertion professionnelle reste un grand défi. Beaucoup d’adultes TSA ont des compétences réelles, parfois même remarquables, mais peinent à trouver leur place faute d’accompagnement ou d’aménagements.
Sur le plan social, il peut y avoir un isolement important, lié à des difficultés à créer et maintenir des relations. Cela peut impacter l’estime de soi et la qualité de vie.
C’est pourquoi je pense qu’il est essentiel de développer davantage de dispositifs d’accompagnement à l’âge adulte, mais aussi de sensibiliser les entreprises et la société en général.
L’autisme n’est pas un frein en soi, c’est souvent l’environnement qui n’est pas suffisamment inclusif.»
Au Maroc, l’enjeu dépasse largement le cadre médical ou éducatif. Avec près de 740.000 personnes concernées par l’autisme, la question s’impose désormais comme un véritable défi de société. Entre diagnostic encore tardif, manque de structures et rupture d’accompagnement à l’âge adulte, c’est tout un parcours de vie qui reste à construire. Derrière les avancées en matière de sensibilisation, une réalité persiste : celle d’une inclusion encore inachevée, où les familles continuent, bien souvent, d’assumer seules ce que le système ne prend pas encore en charge.

