La Chine intensifie ses efforts pour devenir un acteur incontournable dans la modernisation du réseau ferroviaire marocain. En pleine expansion de son influence dans les infrastructures à grande vitesse, Pékin a récemment réaffirmé, via son ambassade à Rabat, son désir de coopérer étroitement avec le Royaume dans le développement de ses lignes ferroviaires. Une ambition qui s’inscrit dans le prolongement d’une coopération bilatérale en pleine croissance, et qui pourrait redéfinir les contours du transport ferroviaire sur le continent africain.
Le Maroc, pionnier du TGV en Afrique avec la ligne Tanger-Casablanca lancée en 2018, a déjà posé les jalons d’un réseau moderne. Aujourd’hui, l’objectif est clair : porter le linéaire à grande vitesse à 1 300 kilomètres d’ici 2040, en plus de moderniser près de 3 800 kilomètres de lignes classiques. Pour atteindre cette ambition, l’Office national des chemins de fer (ONCF) multiplie les partenariats internationaux, et la Chine se positionne en tête de file des partenaires potentiels.
Avec plus de 48 000 kilomètres de lignes à grande vitesse en exploitation sur son territoire – soit plus de 70 % du réseau mondial – la Chine affiche une maîtrise incontestée de la technologie ferroviaire. Son train CR450, capable d’atteindre les 450 km/h en essais, témoigne de cette avance technologique. Un savoir-faire que Pékin semble prêt à partager, notamment à travers des transferts de compétences et une coopération industrielle approfondie.
Déjà présentes sur le terrain, plusieurs entreprises chinoises participent à des études et travaux liés à l’extension du réseau marocain, notamment vers Marrakech et Agadir. Cette implication technique s’inscrit dans un cadre diplomatique élargi, favorisé par l’adhésion du Maroc en 2017 à l’Initiative « La Ceinture et la Route ». Un projet géostratégique qui vise à tisser un maillage d’infrastructures reliant la Chine au reste du monde, dans lequel le Royaume joue un rôle de carrefour logistique.
Les liens sino-marocains se sont aussi renforcés à travers des projets d’envergure comme la Cité Mohammed VI Tanger Tech, fruit d’un partenariat entre le Maroc et des géants chinois du BTP. Cette zone industrielle, qui ambitionne de générer 100 000 emplois directs, pourrait également devenir un pôle de production de composants ferroviaires, appuyant ainsi une stratégie de développement local à forte valeur ajoutée.
Le ferroviaire ne se limite plus à la seule connectivité. Il est désormais un levier de compétitivité, d’innovation et de durabilité. Dans ce domaine, la Chine développe des trains à propulsion mixte et à hydrogène, en ligne avec la stratégie marocaine de transition énergétique. Si cette coopération venait à se concrétiser, le Maroc pourrait bénéficier des technologies les plus récentes, avec à la clé des gains significatifs en matière de performance, de consommation et d’impact environnemental.
La perspective de produire, ou du moins d’assembler localement, des trains de nouvelle génération n’est donc plus une utopie. D’autant que l’ONCF mène depuis plusieurs années une transformation numérique profonde de ses infrastructures, en partenariat avec des bailleurs comme l’Union européenne ou la Banque africaine de développement. La combinaison de cette modernisation interne avec le savoir-faire chinois pourrait accélérer le changement d’échelle du réseau ferroviaire marocain.
Au-delà de l’infrastructure, c’est un véritable pont économique et stratégique qui est en train de se bâtir entre Rabat et Pékin. Le Maroc y voit une opportunité d’ancrer son rôle de hub régional, à la croisée des chemins entre l’Afrique, l’Europe et l’Atlantique. La Chine, pour sa part, trouve dans le Royaume un partenaire stable et ambitieux pour consolider son influence sur le continent. Cette convergence des intérêts pourrait donner naissance à un nouveau modèle de coopération ferroviaire Sud-Sud, fondé sur la performance, l’innovation et la souveraineté industrielle.

