Les marchés pétroliers ont entamé la semaine sur une nouvelle poussée, propulsant le Brent vers une hausse mensuelle historique, dans un contexte de tensions militaires qui s’étendent désormais bien au-delà du Golfe. L’attaque revendiquée par les Houthis du Yémen contre Israël ce week-end marque un tournant dans le conflit régional et alimente les craintes d’une perturbation durable des flux énergétiques mondiaux.
Dès les premières heures de lundi, le Brent s’est apprécié de 2,16 % pour atteindre 115 dollars le baril, après un bond déjà marqué en fin de semaine. Le baril américain WTI suivait la même trajectoire, franchissant les 101 dollars. En l’espace d’un mois, le Brent affiche une envolée de 59 %, un rythme inédit qui dépasse les hausses enregistrées lors de la guerre du Golfe en 1990.
Cette flambée des prix du pétrole s’explique par un enchaînement de facteurs géopolitiques. Le conflit, déclenché fin février par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, s’est progressivement étendu à l’ensemble du Moyen-Orient. L’implication des rebelles houthis, alliés de Téhéran, élargit le théâtre des opérations vers la mer Rouge et les abords de la péninsule arabique, deux zones essentielles pour le commerce mondial d’hydrocarbures.
La fermeture de facto du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, reste au cœur des inquiétudes. Mais l’attention des marchés se porte désormais aussi sur le détroit de Bab el-Mandeb, autre point de passage clé reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. L’extension du conflit à ces corridors maritimes accentue le risque de rupture logistique et renforce la pression sur les prix.
Face à cette situation, les acteurs du marché semblent avoir relégué au second plan l’hypothèse d’un règlement diplomatique rapide. Les déclarations de Donald Trump évoquant des discussions, directes ou indirectes, avec l’Iran n’ont pas suffi à rassurer. Sur le terrain, les signaux sont plutôt à l’escalade : renforcement des troupes américaines dans la région, intensification des frappes israéliennes à Téhéran, et avertissements fermes de la part des autorités iraniennes quant à une éventuelle intervention terrestre.
Dans ce climat incertain, les flux pétroliers s’adaptent. L’Arabie saoudite a déjà redirigé une partie significative de ses exportations vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, atteignant plus de 4,6 millions de barils par jour. Une alternative qui reste néanmoins vulnérable si les tensions devaient s’étendre davantage à cette zone. En cas de perturbation, le recours à l’oléoduc SUMED, reliant la mer Rouge à la Méditerranée via l’Égypte, pourrait devenir indispensable.
Les infrastructures énergétiques commencent d’ailleurs à subir les premiers impacts directs. Le terminal de Salalah, à Oman, a été endommagé lors des récentes attaques, illustrant la fragilité des installations dans un environnement de plus en plus instable.
Sur le plan diplomatique, les efforts pour contenir la crise se poursuivent sans percée notable. L’Iran affirme se préparer à toute éventualité tout en laissant la porte ouverte aux négociations. De son côté, le Pakistan évoque des discussions visant à favoriser un cessez-le-feu durable et à relancer le dialogue entre Washington et Téhéran.
Dans l’immédiat, les marchés restent suspendus à l’évolution du conflit. L’élargissement des hostilités à des axes maritimes aussi stratégiques que le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb place le pétrole au cœur d’un choc géopolitique majeur, dont les répercussions pourraient s’inscrire dans la durée.

