L’Afrique est en train de se fracturer en deux, et ce n’est plus une simple hypothèse théorique. Des chercheurs britanniques tirent la sonnette d’alarme après avoir identifié un phénomène profond et actif sous la croûte terrestre, dans la région de l’Afar en Éthiopie. Selon leur étude, publiée dans Nature Geoscience, des pulsations de roche en fusion issues du manteau terrestre déchirent lentement mais continuellement le continent africain.
Ce processus, déjà entamé, annonce la naissance d’un nouvel océan et la formation de deux blocs continentaux distincts. À terme, la Somalie, l’est de l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique pourraient être séparés du reste du continent pour former une nouvelle plaque tectonique. Cette transformation géologique majeure pourrait remodeler la carte de l’Afrique d’ici cinq à dix millions d’années.
Une rupture déjà visible
La faille, qui s’étend du Golfe d’Aden au nord jusqu’à l’est de l’Afrique centrale, s’élargit à un rythme lent mais constant, entre 5 et 16 millimètres par an. Des signes concrets sont déjà observables : la vallée du Rift se creuse, des séismes secouent régulièrement la région, et des lacs comme le Malawi ou le Turkana s’inscrivent directement sur cette ligne de fracture.
« Le processus est en cours. Ce n’est pas de la science-fiction, mais une réalité géologique observable », explique la Dr Emma Watts, responsable de l’étude menée par l’université de Swansea. « À l’échelle humaine, cela peut sembler imperceptible, mais à l’échelle géologique, le continent est bel et bien en train de se briser. »
Des pulsations venues du manteau
L’équipe de scientifiques a analysé plus de 130 échantillons de roches volcaniques dans la région de l’Afar, un point névralgique où trois plaques tectoniques s’écartent : la plaque africaine, la plaque somalienne et la plaque arabique. Leur analyse a révélé l’existence de pulsations profondes et régulières dans le manteau terrestre, qui alimentent cette dynamique de rupture.
Ces remontées de magma agissent comme un piston naturel, exerçant une pression vers la surface et accentuant la déchirure entre les plaques. « Nous avons constaté que le manteau sous l’Afar est non seulement actif, mais pulsatile. Il réagit aux mouvements des plaques tectoniques et accélère le processus de fragmentation », précise Dr Watts.
Une Afrique scindée en deux
Si ce processus suit son cours, le continent africain sera, dans plusieurs millions d’années, divisé en deux masses distinctes. La plus vaste regrouperait l’essentiel des pays africains actuels, dont l’Égypte, l’Algérie, le Nigeria ou encore le Ghana. Le bloc oriental, plus petit, représenterait environ un million de miles carrés et comprendrait notamment la Corne de l’Afrique.
Pour les géologues, ce phénomène n’est pas sans précédent : il est similaire à celui qui a conduit à la séparation de l’Amérique du Sud et de l’Afrique il y a plus de 100 millions d’années. Mais l’étude révèle pour la première fois la dynamique exacte du panache mantellique à l’origine de cette rupture, et son interaction directe avec les plaques en surface.
Un risque sismique à surveiller
Au-delà de la transformation du paysage géographique, ce phénomène soulève des enjeux sismiques et volcaniques. La région de l’Afar, couverte de roches volcaniques, est déjà soumise à une activité tectonique intense. L’amincissement de la croûte augmente les risques de séismes et d’éruptions volcaniques, qui pourraient affecter des zones densément peuplées.
« Comprendre ce qui se passe sous nos pieds est essentiel pour anticiper les risques naturels futurs », conclut le Dr Derek Keir, co-auteur de l’étude et professeur à l’Université de Southampton. « Cette recherche change notre perception de la dynamique terrestre et des menaces géologiques à long terme. »


