À tout juste 18 ans, Lamine Yamal continue de surprendre l’Europe. En pleine tournée aux États-Unis, l’ailier du FC Barcelone s’est confié longuement à l’émission américaine « 60 Minutes » (CBS).
De son quotidien loin des projecteurs au rêve assumé de disputer la Coupe du monde 2026, le jeune international espagnol dévoile, sans filtre, les contours d’une trajectoire fulgurante, mais étonnamment lucide.
Maroc ou Espagne : un choix assumé
Lamine Yamal ne contourne pas la question. Oui, il a pensé au Maroc. « La sélection venait d’atteindre les demi-finales de la Coupe du monde. » Mais son choix s’est affirmé naturellement : « Je voulais jouer en Europe, gagner un Euro, viser une Coupe du monde. Avec tout l’amour que j’ai pour le Maroc, l’Espagne est mon pays aussi. »
Une vie d’adulte dans un corps d’adolescent
Ses journées commencent encore avec… des cours de conduite. « Je n’ai pas étudié depuis que j’ai quitté l’école », glisse-t-il, mi- amusé, mi- embarrassé. Le code de la route est devenu un nouveau défi. Pas de Lamborghini en vue: « Une Audi ou une Mercedes, ça ira. Tant que mes amis apprécient. »
Sa vie ressemble peu à celle d’un jeune de son âge. « Un garçon de 18 ans finit ses cours et rentre chez lui. Moi je sors de l’entraînement et je trouve des paparazzis devant ma porte », confie-t-il. « Je veux boire quelque chose dehors, mais on m’arrête. Je veux juste jouer à la Play ou manger avec ma mère. Mais je ne serai jamais un adolescent normal. »
Le jeu comme joie, pas comme pression
C’est peut-être ce qui fascine le plus chez Lamine Yamal : sa manière de neutraliser la pression. « La pression, ce sont mes parents quand ils étaient jeunes et devaient soutenir la famille. Ce que je vis n’a rien à voir », affirme-t-il, refusant d’entrer dans la logique de l’attente permanente. « Les attentes des autres ne m’appartiennent pas. Je veux juste profiter. »
Pour lui, le football reste un terrain d’amusement. « Quand je joue, c’est le meilleur moment de ma journée. Je veux que les gens prennent du plaisir et que les enfants aient envie d’être comme moi. »
Un dribble né de l’instinct
Interrogé sur sa capacité à éliminer plusieurs défenseurs, il répond sans calculs sophistiqués. « J’agis à l’instinct. Même si je vois trois adversaires, je tente. C’est mon jeu. Si je commençais à passer dès que je vois un ou deux défenseurs, je ne serais plus le même joueur. »
Son inspiration, il la puise dans les ruelles de Rocafonda, son quartier de Mataró. « Il n’y avait pas de meilleur moment que celui où les gens se levaient du muret en voyant un geste réussi. Je ressens la même chose quand le public du Camp Nou se lève. »
Un lien indéfectible avec Rocafonda
Le numéro 10 du Barça porte son quartier tatoué dans ses gestes. Le fameux « 304 » qu’il forme de ses doigts renvoie à son code postal. « C’est notre symbole. Ça dit qui nous sommes. Peut-être que certains nous oublient, mais pas nous. »
Il se souvient aussi des trajets interminables avec son père pour rejoindre les entraînements du Barça : une trottinette électrique, une heure de train, un plaid pour dormir, puis un match à jouer. « Le retour était le pire : j’avais faim et c’était long », raconte-t-il, avec une tendresse qui dit beaucoup de son attachement familial.
Messi, enfin
Il attendait la question. « C’est l’interview où vous l’avez évoqué le plus tard », plaisante-t-il. Le respect est total, mais l’identification, non. « Je ne veux pas être Messi. Je veux mon propre chemin. »
L’impact sur les fans, un phénomène inattendu
“Bernardo”, un membre du staff du Barça, le lui répète après chaque match : « Tu me fais aimer le foot à nouveau. » Un refrain qu’il entend désormais partout. « Même ma mère regarde tous mes matchs », sourit-il. « Des grand-mères, des touristes… beaucoup de gens me disent que je leur redonne envie de regarder du football. »
Un futur déjà au présent
À l’approche de la Coupe du monde 2026, il n’élude rien : « L’Espagne peut gagner. Yes. »
Un sourire, un calme déconcertant, une maturité rare.
Lamine Yamal avance vite, mais pas à côté de sa vie. Il avance droit.
Et il avance libre, comme sur le terrain.

