Près des pyramides de Gizeh, à l’ombre du légendaire Khéops, l’Égypte vient d’ouvrir le Grand Musée Égyptien (GEM), présenté comme le plus grand musée archéologique au monde consacré à une seule civilisation. Après des décennies d’attente, ce lieu monumental ambitionne de devenir un phare culturel et scientifique pour le XXIᵉ siècle, offrant au public la vision la plus complète jamais donnée de l’Égypte ancienne.
Inauguré par le président Abdel Fattah Al-Sissi en présence de chefs d’État et de dignitaires venus d’Europe, du monde arabe et d’Afrique, le musée marque selon lui « un nouveau chapitre dans l’histoire du présent et du futur ». Parmi les invités figuraient le roi Philippe de Belgique, le président allemand Frank-Walter Steinmeier et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Dans la cour monumentale, les jeux de lumière sur les pyramides et la façade géante en pierre d’albâtre ont offert un spectacle à la hauteur du symbole.
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Ce projet pharaonique, estimé à 1,2 milliard de dollars, couvre près d’un demi-million de mètres carrés. Conçu par le cabinet irlandais Heneghan Peng Architects, le GEM relie modernité architecturale et héritage millénaire, à seulement deux kilomètres du plateau de Gizeh. Son entrée en forme de pyramide, ses façades gravées de hiéroglyphes et son immense escalier central ponctué de statues royales forment une scénographie à la fois solennelle et immersive.
Mais la véritable vedette du lieu reste le trésor complet du pharaon Toutânkhamon, présenté pour la première fois dans son intégralité. Plus de 5 000 objets issus de la tombe découverte par Howard Carter en 1922 sont désormais exposés ensemble : le célèbre masque d’or, le trône, les chars, les bijoux et les objets du quotidien. Pour Tarek Tawfik, ancien directeur du musée, « c’est une expérience totale, comme si le visiteur entrait dans la tombe au moment de sa découverte ». Cette reconstitution inédite rend hommage à l’un des rois les plus mythiques de l’histoire humaine.
Le GEM ne se limite pas à la mise en scène spectaculaire des trésors royaux. Son obélisque suspendu de Ramsès II, long de 16 mètres, et son imposante statue du même pharaon accueillent les visiteurs dès le hall d’entrée. Plus loin, le bateau solaire de Khéops, vieux de 4 600 ans, témoigne de l’ingéniosité funéraire des anciens Égyptiens. Ces pièces maîtresses dialoguent avec plus de 57 000 artefacts répartis dans des galeries thématiques retraçant sept millénaires d’histoire, de la période pré-dynastique à l’époque gréco-romaine.
L’un des joyaux invisibles du musée se trouve en coulisse : un centre de restauration de 32 000 m², le plus vaste du Moyen-Orient. Seize laboratoires spécialisés y accueillent des équipes égyptiennes formées aux techniques les plus pointues de conservation. Cette prouesse technologique et scientifique renforce la fierté nationale, après des décennies où la recherche archéologique était dominée par des missions étrangères.
L’ouverture du GEM intervient après un long parcours semé d’obstacles : crises économiques, révolution de 2011, pandémie mondiale et retards successifs. Initié dès 1992 par l’ancien ministre de la Culture Farouk Hosny, le projet aura mis plus de trente ans à se concrétiser, presque autant que la construction de la Grande Pyramide. Pourtant, l’attente semble avoir porté ses fruits : les autorités espèrent désormais attirer jusqu’à 8 millions de visiteurs par an, redonnant un souffle vital au tourisme égyptien, moteur économique durement touché ces dernières années.
Pour l’égyptologue Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités, cette inauguration est bien plus qu’un événement culturel : « Le Grand Musée Égyptien montre que les Égyptiens sont les gardiens légitimes de leur héritage. » Il réclame d’ailleurs la restitution du Rocher de Rosette, du Zodiaque de Dendéra et du buste de Néfertiti, qu’il considère comme des trésors confisqués sous un prétexte colonial. Ses appels, soutenus par des pétitions massives, rappellent que le GEM n’est pas seulement un musée : c’est une revendication de souveraineté culturelle.
Les visiteurs qui ont déjà franchi ses portes saluent une expérience claire et émotive, à mille lieues de la densité chaotique de l’ancien musée du Caire, situé sur la place Tahrir. L’ensemble des parcours narratifs, appuyés par des dispositifs immersifs, transforme la visite en voyage à travers le temps. Un touriste espagnol résume : « C’est un incontournable, le musée d’une vie. »
Avec cette ouverture grandiose, l’Égypte entend replacer son patrimoine au centre du dialogue mondial sur la culture, la mémoire et la science. Le Grand Musée Égyptien devient ainsi le prolongement vivant des pyramides, un lien entre le passé des pharaons et l’avenir d’une nation qui continue de bâtir sa propre légende.

