Le Maroc recule dans le classement mondial du bonheur. En 2026, le Royaume se positionne à la 112e place sur 147 pays, selon un rapport publié par l’Université d’Oxford, confirmant une tendance à la dégradation amorcée ces dernières années.
Cette évolution s’inscrit dans une trajectoire plus longue. En 2016, le Maroc occupait encore la 84e position, avant de glisser progressivement vers le bas du classement, notamment depuis 2024, où les indicateurs de bien-être semblent marquer le pas. Au-delà des données brutes, c’est une stagnation durable des conditions de vie perçues qui se dessine, avec une érosion progressive du sentiment de satisfaction.
Mais le rapport introduit un facteur de rupture : le numérique. Si les déterminants économiques et sociaux restent structurants, les transformations liées aux usages digitaux apparaissent désormais comme un élément central dans la compréhension du mal-être.
Les réseaux sociaux, en particulier, sont pointés du doigt. Les utilisateurs les plus intensifs présentent des niveaux plus élevés de stress et de symptômes dépressifs, comparés à ceux qui en font un usage modéré. Une exposition continue à des contenus valorisant des modes de vie idéalisés alimente un sentiment de décalage, notamment chez les jeunes, qui se perçoivent comme moins favorisés que les générations précédentes.
Ce phénomène intervient alors même que l’usage intensif des plateformes reste relativement contenu au Maroc, autour de 15% de la population. Un chiffre inférieur à celui de plusieurs pays de la région, mais dont l’impact psychologique semble disproportionné, en raison notamment de la place croissante des contenus visuels et de la culture des influenceurs.
Dans ce contexte, les plateformes numériques ne sont plus seulement des espaces de divertissement, mais deviennent des vecteurs de comparaison sociale permanente. Leur multiplication et leur centralité dans l’accès à l’information et au loisir contribuent à fragiliser l’équilibre psychologique, accentuant les niveaux d’anxiété et réduisant le sentiment de stabilité.
À l’échelle régionale, le Maroc se situe à la 14e place sur 18 pays au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, confirmant un retard relatif en matière de bien-être. Une position qui traduit des défis persistants, à la croisée de facteurs économiques, sociaux et culturels, désormais amplifiés par les mutations numériques.
À l’inverse, des pays comme la Finlande, qui domine le classement pour la neuvième année consécutive, illustrent l’importance de la confiance sociale et de la qualité des services publics dans la perception du bonheur. Un écart qui souligne, en creux, les transformations profondes à l’œuvre dans les sociétés contemporaines, où le bien-être ne se mesure plus uniquement à l’aune des conditions matérielles.

