Pour la première fois depuis sa création, le Festival de l’Histoire de l’art de Fontainebleau braque ses projecteurs sur un pays africain et arabe. Pour sa quinzième édition, organisée du 5 au 7 juin dans le prestigieux écrin du château de Fontainebleau, la manifestation culturelle a choisi le Maroc comme invité d’honneur, une distinction que son délégué général, Grégoire Bruno Orcibal, qualifie de « privilège » et de « rencontre évidente ».
Cette année, la réflexion collective s’articule autour de la mode, thème central de la programmation. Un choix qui, selon les organisateurs, trouve une résonance particulière avec le Royaume, dont l’héritage textile, les savoir-faire artisanaux et les expressions artistiques constituent un terrain d’exploration particulièrement fécond.
« Accueillir le Maroc représente une véritable chance », souligne Grégoire Bruno Orcibal à quelques heures de l’ouverture officielle du rendez-vous culturel. Il voit dans cette invitation une occasion unique d’élargir les horizons du festival en mettant à l’honneur une civilisation dont les créations traversent les siècles et les disciplines.
Portée par l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et le Château de Fontainebleau sous l’égide du ministère français de la Culture, cette édition bénéficie également de l’appui du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, de l’ambassade du Maroc en France ainsi que du ministère marocain de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication.
Durant trois jours, le public est convié à un véritable voyage à travers les multiples visages du patrimoine marocain. De la préhistoire aux expressions contemporaines, l’événement entend dévoiler la richesse d’un héritage façonné par des générations d’artistes, d’architectes, d’archéologues, de chercheurs et de créateurs.
Plus de deux cents rendez-vous rythmeront cette édition : conférences, débats, projections, expositions, concerts, ateliers pédagogiques, rencontres professionnelles ou encore présentations d’ouvrages spécialisés. Une mosaïque d’activités destinée aussi bien aux experts qu’aux simples curieux.
Parmi les temps forts annoncés figure Näss (Les Gens), création chorégraphique de Fouad Boussouf. Nourrie de danse urbaine et d’influences hip-hop, l’œuvre rend hommage à l’héritage de Nass El Ghiwane, formation emblématique de la scène marocaine, tout en faisant écho aux traditions gnaouies qui occupent une place singulière dans l’identité culturelle du Royaume.
Autre moment attendu : la présence de Salima Naji et d’Amina Agueznay. L’une est architecte, anthropologue et lauréate du Prix international 2025 des femmes architectes ; l’autre, artiste et artisane reconnue. Toutes deux ont récemment porté les couleurs du Maroc lors de son premier pavillon national à la Biennale d’art de Venise. Elles assureront respectivement l’ouverture et la clôture du festival à travers deux interventions consacrées à la mode, envisagée comme un champ de recherche et de création en pleine expansion.
Les échanges consacrés à l’histoire du vêtement occuperont également une place centrale. Plusieurs tables rondes examineront les influences croisées entre les deux rives de la Méditerranée, tandis que des spécialistes analyseront les trajectoires de la haute couture, ses circulations et ses héritages culturels.
Le programme prévoit notamment des rencontres autour du caftan et de l’art de la broderie marocaine, de la transmission des savoir-faire textiles contemporains ou encore des récentes découvertes liées à l’art ornemental du Maroc médiéval, particulièrement à Fès.
Le septième art ne sera pas en reste. Maryam Touzani et Nabil Ayouch figurent parmi les invités majeurs de cette édition. Les réalisateurs échangeront avec le public à l’occasion de projections de Le Bleu du caftan et Haut et fort, deux œuvres saluées sur la scène internationale.
D’autres classiques du cinéma marocain enrichiront la programmation, à l’image de Transes (Al-Hal) d’Ahmed El Maânouni ou encore de Le Cri (Al Aïta) d’Izza Génini. Cette dernière participera également à une rencontre consacrée au rôle du cinéma dans la préservation et la valorisation du patrimoine matériel et immatériel marocain.
Le festival réservera par ailleurs un hommage particulier à Ahmed Bouanani, figure tutélaire du cinéma national, dont l’œuvre continue d’alimenter la mémoire culturelle marocaine.
Installé depuis quinze ans dans le décor historique du château de Fontainebleau, ce rendez-vous constitue l’un des temps forts de l’ouverture de la saison culturelle estivale en France. Au fil des éditions, il s’est imposé comme une plateforme de référence pour la diffusion des savoirs et la mise en dialogue des patrimoines.

