Le Maroc a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de lutte contre la cybercriminalité en signant, samedi à Hanoï, le Traité des Nations Unies contre la cybercriminalité. Cette signature, effectuée en présence du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, illustre l’engagement du Royaume à renforcer la coopération internationale face à la montée des menaces numériques. Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui représentait le Maroc à cette conférence rassemblant plus de soixante pays, a qualifié l’événement de « moment historique » et de jalon essentiel dans la construction d’un cadre global contre les nouvelles formes de criminalité.
Adoptée en décembre 2024 par l’Assemblée générale des Nations Unies, cette convention internationale entrera en vigueur 90 jours après sa ratification par les États membres. Elle constitue le premier instrument juridique mondial spécifiquement consacré à la lutte contre la criminalité numérique, dans un contexte où les attaques informatiques se multiplient et menacent désormais la stabilité économique et politique des nations.
Dans son allocution, Abdellatif Ouahbi a rappelé que la révolution numérique, si elle a transformé les modes de vie et les économies, a également ouvert la voie à une prolifération inquiétante d’activités illicites. Le ministre a souligné que les atteintes aux données et aux systèmes informatiques ne se limitent plus à des infractions isolées, mais se répercutent sur les institutions, les entreprises et les citoyens. Il a insisté sur la nécessité d’une coopération judiciaire et technique internationale pour contrer des menaces sans frontières, dont les ramifications touchent aussi bien la finance que la sécurité publique.
Le Maroc s’est activement impliqué dans le processus d’élaboration du texte depuis la création du comité intergouvernemental chargé de sa rédaction, en application de la résolution 75/282 de l’Assemblée générale. Le Royaume a pris part à l’ensemble des négociations, contribuant à façonner une version finale équilibrée, capable de concilier les intérêts des États tout en garantissant la protection des libertés fondamentales. Cet engagement témoigne d’une volonté constante de positionner le Maroc comme un acteur responsable et moteur dans la gouvernance mondiale du numérique.
Abdellatif Ouahbi a reconnu la difficulté de parvenir à un consensus dans le climat géopolitique actuel, marqué par des tensions et des divergences de priorités. L’accord final, fruit de longues discussions politiques et techniques, reflète selon lui une volonté collective de compromis et une compréhension partagée des défis numériques. Ce traité ambitionne de combler un vide juridique international en harmonisant les normes et les mécanismes de coopération pour mieux poursuivre les cybercriminels.
Le ministre a également mis en garde contre la montée des menaces cybernétiques alimentées par des groupes extrémistes qui exploitent l’espace numérique pour diffuser la haine, le terrorisme et la désinformation. Dans un contexte régional sensible, le renforcement de la cybersécurité s’impose comme un enjeu crucial pour la protection des citoyens, la stabilité des sociétés et la préservation des infrastructures stratégiques.
Depuis plusieurs années, le Maroc s’est engagé dans une politique nationale proactive pour encadrer le développement de son économie numérique tout en sécurisant l’espace cybernétique. Le Royaume a ainsi adopté des lois spécifiques à la cybersécurité, actualisé son code pénal et son code de procédure pénale, et mis en place des stratégies institutionnelles visant à renforcer les capacités de détection, de prévention et de réponse aux attaques informatiques.
Abdellatif Ouahbi a réaffirmé la disponibilité du Maroc à coopérer pleinement avec ses partenaires pour assurer la mise en œuvre effective du traité et améliorer les mécanismes d’échange de preuves numériques. L’accès à ces preuves, devenu un enjeu central dans les enquêtes transnationales, requiert selon lui une coordination accrue entre les systèmes judiciaires nationaux et les organismes internationaux.
Proposée initialement par la Russie en 2017, cette convention a été approuvée par consensus en 2024 après de longues négociations. Elle couvre une large gamme d’infractions, allant du hameçonnage (phishing) et des rançongiciels (ransomwares) à la pédopornographie et au blanchiment d’argent, autant de crimes qui coûtent chaque année des milliards de dollars à l’économie mondiale. En rejoignant ce cadre global, le Maroc réaffirme son rôle de pionnier africain dans la sécurisation du cyberespace et son engagement à faire du numérique un levier de développement durable et de confiance.

