La fracture entre les avocats et le ministère de la Justice s’élargit.
L’Association des barreaux du Maroc (ABAM) a annoncé une grève nationale générale ce mardi 6 janvier 2026, entraînant la suspension totale des activités professionnelles dans l’ensemble des juridictions du Royaume. Une mobilisation d’ampleur qui marque une nouvelle étape dans un bras de fer devenu ouvert autour du projet de loi encadrant la profession d’avocat.
Selon l’ABAM, cette décision intervient après l’échec des discussions engagées avec le département de la Justice. Réunie à Marrakech, la direction de l’Association estime que le texte proposé par le gouvernement a été élaboré en rupture avec l’esprit de concertation initialement convenu, ignorant les amendements et propositions issus des échanges antérieurs avec les représentants de la profession.
La profession dénonce ce qu’elle qualifie de mise à l’écart délibérée et de recul manifeste de la méthode participative. Dans un communiqué, l’Association fustige une gestion jugée unilatérale du dossier et évoque un profond sentiment de mépris à l’égard des observations formulées par les avocats lors des cycles de dialogue précédents.
Le conflit a pris une tournure plus radicale après le rejet unanime du texte par le barreau de Casablanca. Dans la foulée, l’ABAM a officiellement acté son refus de la version finale du projet de loi n°23-66, transmise par le secrétariat général du gouvernement. L’instance considère que le contenu du texte ne reflète en rien les compromis obtenus sous médiation parlementaire et exige désormais son retrait pur et simple.
Pour l’Association, certaines dispositions du projet portent atteinte aux fondements mêmes de la profession, notamment son indépendance et son rôle constitutionnel dans la protection des droits et libertés. Les avocats rappellent que leur mission ne peut être assimilée à une fonction administrative et qu’aucune réforme ne saurait être viable si elle fragilise le droit à une défense libre et équitable.
Sur un ton particulièrement ferme, l’ABAM tient le ministère de la Justice pour seul responsable du blocage actuel. Elle dénonce également l’intervention d’acteurs extérieurs au processus législatif, appelés à respecter strictement leurs prérogatives légales.
L’Association appelle l’ensemble des avocates et avocats du Royaume à une mobilisation massive et disciplinée, annonçant la poursuite d’un programme de lutte progressif. Une conférence de presse sera organisée dans les prochains jours afin d’exposer à l’opinion publique les raisons de cette grève et les lignes de fracture persistantes avec la tutelle.

