À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, célébrée le 25 novembre, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a tiré la sonnette d’alarme sur l’aggravation de la violence numérique ciblant les femmes et les filles. Selon lui, l’ère numérique, si elle a ouvert des opportunités, a également amplifié les risques, avec une propagation rapide du harcèlement en ligne, des deepfakes, des discours de haine et d’autres contenus misogynes qui se banalisent sur les plateformes.
« Ce qui commence en ligne ne reste pas en ligne », a rappelé le chef de l’ONU, soulignant que la violence sur Internet se propage souvent dans le monde réel, sous forme de harcèlement, d’agressions, voire de féminicides. Pour y remédier, António Guterres exhorte les gouvernements à criminaliser la violence numérique, renforcer le soutien aux victimes et à ce que les entreprises technologiques rendent leurs plateformes plus sûres et responsables. « Nous ne pouvons pas permettre que l’espace numérique devienne un lieu où les femmes et les filles ne sont pas en sécurité », a-t-il insisté.
Les chiffres internationaux confirment l’ampleur du phénomène. Selon la Banque mondiale, près de 44 % des femmes et des filles dans le monde, soit environ 1,8 milliard de personnes, ne bénéficient d’aucune protection juridique contre les abus en ligne. Les violences numériques touchent toutes les sphères d’Internet : harcèlement, traque en ligne, doxing, partage non consenti d’images, deepfakes et désinformation sexiste. Les femmes en position de leadership, journalistes ou figures publiques sont particulièrement vulnérables, souvent victimes de campagnes coordonnées visant à les intimider ou à les exclure de la vie publique.
ONU Femmes, dans le cadre de sa campagne des 16 Jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, met en lumière le lien direct entre violences en ligne et risques physiques. Sima Bahous, Directrice exécutive d’ONU Femmes, insiste sur la nécessité d’adapter les législations au rythme de l’évolution technologique pour protéger les femmes. Elle souligne également que les signalements d’abus restent insuffisants, que les systèmes judiciaires sont souvent mal préparés et que les plateformes numériques assument trop peu de responsabilités.
Malgré ces défis, des initiatives législatives émergent : la loi britannique sur la sécurité en ligne, la Ley Olimpia au Mexique, la réglementation européenne sur les services numériques ou encore la législation australienne montrent que certains pays commencent à agir. En 2025, 117 pays ont déclaré prendre des mesures contre la violence numérique, mais ces efforts restent fragmentés face à un phénomène transnational.
Pour ONU Femmes, la réponse à la violence numérique passe par une coopération mondiale. Il s’agit d’assurer la sécurité et l’éthique des plateformes, de soutenir financièrement les organisations de défense des droits des femmes, de renforcer la responsabilité des agresseurs et d’impliquer davantage de femmes dans la conception d’espaces numériques plus sûrs. La prévention, l’éducation au numérique et le changement des normes culturelles restent essentiels pour réduire la toxicité en ligne et protéger durablement les victimes.
Le programme ACT (Advocacy, Coalition Building and Transformative Feminist Action), porté par l’Union européenne et ONU Femmes, illustre l’importance de soutenir les mouvements féministes et d’amplifier leur voix. À travers des outils pratiques comme le Supplément du Manuel de législation et le Guide pour les services de police, ONU Femmes fournit des conseils pour prévenir et agir contre la violence numérique. Tant que les espaces numériques ne seront pas sûrs pour toutes les femmes et toutes les filles, l’égalité restera hors de portée.

