Le cours de l’or a franchi mercredi 8 octobre un seuil inédit, atteignant pour la première fois les 4 000 dollars l’once, un record jamais observé auparavant. Cette flambée spectaculaire, qui représente une hausse de plus de 50 % depuis le début de l’année 2025, n’avait pas été constatée depuis près de cinquante ans. Si certains y voient le retour en force de la valeur refuge, la réalité est plus nuancée.
Contrairement aux précédentes crises financières, comme la chute de Lehman Brothers en 2008 ou le début de la pandémie de Covid-19, l’économie américaine et les marchés mondiaux ne sont pas en situation de crise aiguë. Pourtant, l’attrait pour le métal jaune explose, porté par des facteurs multiples. La première explication tient à la loi simple de l’offre et de la demande : la quantité totale d’or extraite dans le monde suffirait à peine à remplir un peu plus de trois piscines olympiques, tandis que la demande ne cesse de croître.
Les banques centrales, notamment celles des pays émergents, restent de grandes consommatrices d’or, cherchant à aligner leurs réserves avec celles des pays développés, à hauteur de 25 %. La Chine, par exemple, achète massivement du métal précieux dans le cadre d’une stratégie de dédollarisation, réduisant son exposition au dollar et aux bons du Trésor américains pour se protéger contre d’éventuels conflits commerciaux.
Les investisseurs institutionnels, fonds et banques, ainsi que les particuliers, contribuent également à cette flambée. Certains cherchent une protection face à l’incertitude géopolitique et économique mondiale, marquée par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ou encore par les crises politiques en France et la paralysie partielle du gouvernement américain. D’autres sont motivés par un appât spéculatif, profitant de la montée des prix pour maximiser les gains. La démocratisation de l’accès à l’or via des ETF adossés au métal précieux facilite cette spéculation, rendant le marché plus accessible que jamais.
Le dollar, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, voit son rôle remis en question par certains acteurs financiers. Si des voix comme celle de Ken Griffin, patron du fonds Citadel, y voient un signal d’inquiétude quant à la confiance dans les États-Unis comme réserve monétaire mondiale, la majorité des analystes tempèrent. Pour l’instant, les achats massifs concernent surtout des ventes d’euros ou d’autres devises, plutôt qu’un désamour massif pour le billet vert.
Ainsi, la flambée de l’or en 2025 n’est pas seulement un réflexe défensif face à la crise. Elle traduit autant un mouvement de spéculation que l’évolution des stratégies géopolitiques et économiques mondiales. Entre intérêt des banques centrales, recherche de protection face à l’incertitude et opportunités spéculatives, le métal jaune confirme son rôle central dans la gestion des capitaux à l’échelle planétaire, dépassant largement sa seule réputation de valeur refuge.

