Les marchés des matières premières ont ouvert la semaine sur une envolée historique, portée par un cocktail de paris monétaires et de tensions géopolitiques. L’or a franchi pour la première fois le seuil symbolique des 4 400 dollars l’once, l’argent a inscrit de nouveaux sommets absolus et le platine est repassé au-dessus des 2 000 dollars, un niveau inédit depuis 2008. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de forte aversion au risque, alimentée par les anticipations de baisses de taux de la Réserve fédérale américaine à l’horizon 2026 et par la crispation des équilibres géopolitiques, de l’Europe de l’Est à l’Amérique latine.
En début de séance européenne lundi, l’or au comptant a poursuivi sa progression pour atteindre jusqu’à 4 401,79 dollars l’once, établissant un record absolu. À New York, les contrats à terme sur l’or pour livraison en février se négociaient également à des niveaux jamais observés, autour de 4 402 dollars l’once. Depuis le début de l’année, le métal jaune affiche une hausse proche de 65 %, soutenue par des achats massifs des banques centrales et par le retour des investisseurs vers les fonds indiciels adossés à l’or. Selon les données compilées par Bloomberg et le World Gold Council, les ETF aurifères enregistrent des flux entrants depuis cinq semaines consécutives, avec des encours en progression presque continue sur l’ensemble de l’année.
L’argent se distingue encore davantage par l’ampleur de sa performance. Le métal gris a dépassé les 68 dollars l’once, avec des pointes intrajournalières proches de 69,50 dollars, soit un doublement de son prix depuis janvier. Les contrats à terme affichent une progression annuelle supérieure à 120 %, portée à la fois par une demande industrielle soutenue, l’intérêt croissant des investisseurs et des tensions persistantes sur les stocks disponibles dans plusieurs places de négoce. Cette dynamique place l’argent sur la trajectoire de sa meilleure année depuis la fin des années 1970.
Dans le sillage de l’or et de l’argent, le platine a lui aussi accéléré, repassant au-dessus des 2 000 dollars l’once pour la première fois depuis plus de quinze ans. Le métal précieux a gagné près de 2 % dans la journée, prolongeant un rebond entamé la semaine précédente. Le palladium a suivi le mouvement, confirmant un regain d’intérêt pour l’ensemble du compartiment des métaux précieux.
Les analystes soulignent que ce rallye repose sur des fondamentaux désormais bien identifiés. Chez Goldman Sachs, Daan Struyven et Samantha Dart estiment que l’or pourrait poursuivre sa hausse en 2026, avec un scénario central autour de 4 900 dollars l’once, dans un environnement où les investisseurs via les ETF commencent à concurrencer directement les banques centrales pour des volumes d’or physiquement limités. La stabilité relative du dollar, illustrée par un Bloomberg Dollar Spot Index quasi inchangé, renforce également l’attrait des actifs libellés en dollars.
Sur le marché de l’énergie, les cours du pétrole ont rebondi après deux semaines de repli. Le Brent s’est rapproché de 61 dollars le baril, tandis que le WTI évoluait autour de 57 dollars. Cette remontée est alimentée par les tensions géopolitiques, notamment le durcissement du blocus américain contre le Venezuela, avec l’arraisonnement récent de plusieurs pétroliers par les forces américaines. Ces éléments ravivent les craintes sur l’offre mondiale et redonnent du soutien aux prix.
Du côté des marchés actions, la prudence reste de mise mais la tendance est légèrement positive. Les contrats à terme sur les grands indices américains ont progressé en amont d’une semaine écourtée par les fêtes de fin d’année. Les investisseurs scrutent en particulier la capacité des valeurs technologiques à reprendre de l’élan avant la clôture annuelle, dans un contexte de liquidité réduite et de volatilité potentiellement accrue.
Au total, cette séquence de marché marque la fin d’une année exceptionnelle pour les métaux précieux, où l’or et surtout l’argent ont retrouvé un rôle central de valeur refuge et d’actif stratégique. À la croisée des enjeux monétaires, industriels et géopolitiques, leur trajectoire continuera de refléter, dans les mois à venir, les incertitudes d’un environnement économique mondial sous tension.
