Face à l’envolée persistante des loyers et des prix de l’immobilier dans les grandes villes, le gouvernement prépare un dispositif inédit de loyer régulé, avec pour objectif affiché de réduire le coût du logement d’environ 20 % et de redonner une perspective d’accession à la propriété à la classe moyenne. Le mécanisme, actuellement à l’étude, prévoit qu’une part du loyer versé puisse être convertie en épargne, mobilisable ultérieurement comme apport pour l’achat d’un logement. Les premiers résultats de cette réflexion sont attendus à la fin du mois de mars 2026.
Interpellé au Parlement par des députés du PAM et du parti de l’Istiqlal, Adib Benbrahim, secrétaire d’État chargé de l’Habitat, a confirmé l’avancement de cette étude, présentée comme une réponse directe aux tensions qui pèsent sur le marché locatif, en particulier dans les métropoles. Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech ou encore Fès concentrent aujourd’hui l’essentiel de la pression, sous l’effet combiné de l’exode interne, de l’attractivité économique et de la rareté du foncier urbain.
Selon les explications fournies par le responsable gouvernemental, la flambée des loyers ne peut être dissociée de la hausse continue des prix d’acquisition. L’insuffisance de l’offre, face à une demande soutenue, a favorisé l’entrée massive d’investisseurs dont la stratégie repose sur la revente spéculative ou la location à forte rentabilité. Cette dynamique réduit mécaniquement le nombre de logements accessibles aux ménages à revenus intermédiaires et alimente une spirale inflationniste qui se répercute directement sur les loyers.
À ce déséquilibre structurel s’ajoute l’essor rapide de la location de courte durée via des plateformes numériques telles qu’Airbnb. En transformant des logements destinés à la résidence principale en hébergements touristiques, cette pratique assèche le marché locatif classique et accentue la pression sur les prix. Le gouvernement envisage ainsi l’adoption d’un décret pour encadrer strictement cette activité, en cohérence avec les plans d’aménagement urbain qui réservent certaines zones à l’usage touristique. L’objectif affiché est clair : éviter la conversion généralisée de logements résidentiels en biens à vocation saisonnière et préserver l’accès au logement pour les habitants permanents.
Les chiffres disponibles illustrent l’ampleur du paradoxe. Près de 1,1 million de logements seraient aujourd’hui vacants, auxquels s’ajoutent environ 1,3 million de résidences secondaires ou à usage occasionnel, majoritairement situées dans les zones les plus tendues. Cette situation met en lumière les limites des politiques publiques menées jusqu’ici, qu’il s’agisse des programmes de résorption de l’habitat insalubre ou des dispositifs de logement social, incapables à eux seuls de corriger les déséquilibres d’un marché devenu largement spéculatif.
C’est dans ce contexte que le projet de loyer régulé prend forme. Il viserait à proposer des logements à un niveau de loyer inférieur d’environ 20 % à la moyenne du marché, tout en offrant aux locataires la possibilité d’épargner une partie de leurs mensualités sur une période de cinq à six ans. À terme, cette épargne pourrait être déduite du prix d’achat du logement, ouvrant une voie progressive vers la propriété pour des ménages aujourd’hui exclus par les conditions de financement bancaire et le niveau des prix.
Si le dispositif n’en est encore qu’au stade de l’étude, il traduit une inflexion notable de la politique du logement : reconnaître que la seule production de nouveaux logements ne suffit plus et qu’une régulation ciblée du marché locatif, conjuguée à un encadrement de la location touristique, devient incontournable pour contenir la flambée des loyers et rééquilibrer l’accès au logement dans les grandes villes.

