À 14 heures précises, la salle omnisports du Maârif se transforme en ruche disciplinée. Talkies-walkies en main, marmites fumantes, tables alignées au cordeau : un bataillon de bénévoles s’active pour que, à l’heure du maghrib, 600 convives rompent ce soir le jeûne dignement sur place et que 1.000 autres ftours prennent la route vers les chantiers, aux établissements de protection sociale, aux structures d’accueil et surtout les personnes invisibles du quotidien, celles qui n’ont ni table dressée ni foyer où se réunir…
Bien avant que les assiettes ne soient servies, une autre mécanique se met en marche. Les denrées alimentaires arrivent par caisses entières, réceptionnées, contrôlées puis rangées méthodiquement dans les réfrigérateurs et les espaces de stockage. Dans un coin, certains bénévoles s’occupent déjà de préparer les dattes, soigneusement disposées dans de petits contenants. D’autres ouvrent les cartons de viennoiseries et commencent à mettre en place les pains au chocolat, les chnecks et autres douceurs qui accompagneront la rupture du jeûne. Chaque geste est précis, répété, presque chorégraphié.
Au fil des jours du mois sacré, la cadence s’intensifie encore. Maidate Al Amal parvient ainsi à servir jusqu’à 2.000 ftours par jour, preuve d’une mobilisation logistique et humaine remarquable,portée par l’association bénévoles Al Amal où la solidarité ne s’improvise pas, elle s’organise.
Chaque Ramadan, ils reviennent. Étudiants, cadres, commerçants, retraités, mères de famille. Une petite armée en baskets, coordonnée avec une précision presque militaire. Leur mission : dresser, servir et accompagner un ftour « comme à la maison » pour des populations fragilisées, sans jamais transiger sur la qualité ni sur le respect.
À la salle omnisports du Maârif, l’Association Les Bénévoles d’Al Amal pilote chaque soir cette opération solidaire d’envergure. Le jour où LeNew a assisté à la distribution, 610 convives se sont installés autour de tables de dix soigneusement dressées, tandis que 1.000 ftours supplémentaires étaient préparés, conditionnés puis acheminés vers d’autres bénéficiaires à travers la ville.
Une logistique millimétrée
Dès 14h, les équipes se déploient. Une première chaîne se dirige vers les réfrigérateurs pour organiser les denrées. Une autre rejoint la cuisine pour superviser la préparation. Plus loin, on assemble les 1.000 sachets à emporter.
Dans la grande salle, les tables prennent forme : dix chaises par table, assiettes individuelles, dattes disposées avec soin, chebakia dressée, yaourts alignés, sodas et eau positionnés. Les thermos se remplissent de lait chaud, de café et de thé. La harira mijote encore, elle sera servie brûlante. Car ici, tout doit être chaud, frais, soigné. Comme dans un foyer marocain au moment de la rupture du jeûne.
Une organisation « mind blowing »
À l’entrée, un premier bénévole équipé d’un talkie-walkie accueille les convives et les oriente vers un second point de coordination. Les groupes sont guidés vers les salles, hommes et femmes séparément, avec fluidité.
Pendant ce temps, en coulisses, d’autres bénévoles circulent comme des fourmis : la harira arrive fumante, les plateaux sont déposés simultanément, les boissons distribuées sans attente. Chaque geste est répété, maîtrisé, synchronisé.
Le défi grandit d’année en année. Les bénéficiaires sont toujours plus nombreux. Alors l’association ajoute des tables, repense les flux, optimise les circuits. Rien n’est laissé au hasard.
Servir avec dignité
« Pas parce qu’ils traversent une situation fragile qu’ils doivent se contenter d’un service au rabais », confie un bénévole. Ici, l’objectif est clair : offrir un moment de normalité, de chaleur et de considération.
Les voisins, témoins de cette mobilisation quotidienne, saluent chaque année le bon déroulement de l’opération. Le quartier observe et voit cette solidarité prendre forme concrètement.
Au micro de lenew, Lamya Hafiani, fondatrice et vice-présidente de l’association, rappelle que la mission de Maidate Al Amal dépasse le simple ftour quotidien. À l’occasion de Laylat Al Qadr, l’élan de solidarité s’intensifie : en plus des repas servis, l’association offre des habits de l’Aïd aux enfants et organise pour eux une petite fête, en hommage à ceux qui jeûnent pour la première fois, conformément à la tradition marocaine. Un moment de joie pensé pour graver un souvenir lumineux dans des parcours parfois fragiles. Mais pour maintenir cette dynamique et répondre à une demande croissante, l’association lance un appel aux dons afin de continuer à servir avec la même exigence et la même dignité.
Un appel aux forces vives
Mais pour tenir le rythme, les bras manquent. Chaque jour, l’association a besoin de nouvelles mains pour organiser, préparer, installer, servir.
Les écoles, les entreprises, les groupes d’amis sont appelés à rejoindre ce bataillon solidaire. Car servir presque 1000 ftours en présentiel par soir exige discipline, endurance et engagement collectif.
Au-delà du Ramadan, l’association poursuit ses actions sociales tout au long de l’année. Mais pendant ce mois sacré, la cadence s’intensifie. Et chaque volontaire compte.
Les bénévoles n’ont qu’un seul objectif : offrir de l’espoir.
Soyez la main qui donne.
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