Les chiffres du dernier rapport du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) dessinent un constat préoccupant sur la stabilité des unions au Maroc. En 2024, les tribunaux du Royaume ont tranché quotidiennement plus de 400 affaires de séparation conjugale, traduisant une progression constante du nombre de dissolutions et de divorces.
Sur l’ensemble de l’année, 147.895 affaires ont été traitées, dont 40.214 divorces et 107.681 dissolutions de mariage. En moyenne, cela équivaut à plus de 110 divorces et près de 300 dissolutions par jour. Les procédures à l’amiable demeurent largement majoritaires : le divorce par consentement mutuel représente à lui seul 96,6% des cas enregistrés ces deux dernières années, loin devant les formes unilatérales ou prononcées par le juge.
Mais le rapport note aussi une tendance contrastée : si le divorce par consentement mutuel reste dominant, certaines formes connaissent des hausses marquées. Les divorces avant consommation ont augmenté de près de 13% en 2024, tandis que ceux prononcés par le juge ont bondi d’un tiers. À l’inverse, les procédures rétractives et les divorces unilatéraux reculent sensiblement.
La dissolution du mariage pour désaccord, connue sous le nom de tatliq s’impose plus que jamais comme la voie privilégiée pour rompre une union. Elle représente 97,4% des affaires de dissolution, contre 96,9% un an plus tôt. Les autres motifs : absence, vice, manquement aux devoirs conjugaux ou préjudice, ne concernent qu’une infime part des jugements, confirmant leur quasi-disparition dans la pratique judiciaire.
Selon le CSPJ, cette préférence pour la dissolution s’explique par sa flexibilité procédurale. Contrairement au divorce, elle ne requiert pas la remise personnelle d’une convocation à l’épouse, ce qui facilite et accélère le traitement des dossiers. En outre, la compétence territoriale définie par l’article 212 du Code de procédure civile offre davantage d’options pour saisir le tribunal compétent, que ce soit au lieu de résidence du couple, du domicile de l’épouse ou du mariage.
Autre différence majeure : la rupture devient effective dès le prononcé du jugement en cas de dissolution, tandis que le divorce n’est juridiquement acté qu’après son enregistrement officiel devant notaire, avec autorisation judiciaire et paiement des frais correspondants.
Ces données, bien au-delà de leur dimension statistique, interrogent sur les mutations sociales et les fragilités du lien conjugal au Maroc. Elles témoignent d’une évolution des mentalités et des pratiques juridiques, où la séparation semble de plus en plus envisagée comme une issue pragmatique plutôt qu’un échec personnel.


