Après sept années marquées par un déficit hydrique persistant, le Maroc enregistre un spectaculaire retournement de situation.
L’hiver 2025-2026 s’impose comme l’un des plus pluvieux depuis plus de quarante ans, avec un cumul moyen national de précipitations atteignant 136 mm, soit près du double de la normale saisonnière établie à 71 mm. Selon la Direction générale de la météorologie, la saison se classe au troisième rang des hivers les plus arrosés depuis 1981, derrière ceux de 1996 et 2010. Une performance climatique qui redonne de l’oxygène aux ressources hydriques du Royaume et ravive l’espoir d’une reprise agricole durable.
Les pluies ont été à la fois fréquentes et abondantes. En moyenne, 36 jours pluvieux ont été recensés à l’échelle nationale, contre 17 lors d’un hiver ordinaire. Plusieurs villes ont dépassé leurs records historiques. À Tanger, il est tombé 1 296 mm de pluie, un niveau inédit qui dépasse largement le précédent sommet enregistré en 1996. D’importants cumuls ont également été mesurés à Nouasser et Sidi Slimane, confirmant l’ampleur exceptionnelle de la saison. Dans certaines régions, l’équivalent d’une année de précipitations s’est concentré en quelques mois seulement.
Cet excès d’eau a toutefois mis en évidence la fragilité des sols, durcis par des années de sécheresse. Incapables d’absorber rapidement ces volumes inhabituels, plusieurs zones ont subi un ruissellement intense provoquant des crues soudaines et des inondations locales. Malgré ces dégâts, l’apport hydrique demeure salutaire pour les nappes phréatiques et les retenues de barrages, dont les niveaux affichent une remontée notable après une longue période de tension.
Les reliefs montagneux ont retrouvé leur fonction stratégique de réservoir naturel. Le manteau neigeux a atteint 55 495 km² à la mi-décembre, son étendue la plus vaste observée depuis 2019. Cette couverture blanche s’est maintenue au-dessus des 20 000 km² durant une large partie de l’hiver, garantissant une alimentation progressive des cours d’eau au fil de la fonte printanière. Cette réserve solide constitue un levier déterminant pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable et soutenir l’irrigation agricole durant les prochains mois.
Sur le plan thermique, la saison présente un visage contrasté. La moyenne nationale reste proche des normales climatiques avec une légère anomalie de +0,15 °C. Le début de l’hiver a été marqué par des séquences froides, avant une hausse progressive des températures à partir de la fin janvier. Fin février, plusieurs régions ont connu une chaleur inhabituelle pour la saison. Des pics remarquables ont été relevés à Smara, Taroudant, Marrakech et Nouasser, avec des valeurs évoquant davantage un avant-goût d’été qu’un cœur d’hiver.
Les météorologues attribuent cette configuration exceptionnelle à un enchaînement de facteurs atmosphériques rares. L’affaiblissement du vortex polaire a favorisé la descente d’air froid vers l’Afrique du Nord et modifié la trajectoire du jet stream, positionné plus au sud que d’ordinaire. Dans le même temps, le recul de l’anticyclone des Açores a ouvert un couloir propice à la circulation de masses d’air fortement chargées en humidité, souvent décrites comme des rivières atmosphériques. Ces flux ont alimenté des perturbations successives responsables des pluies soutenues enregistrées durant toute la saison.
Ce retour d’un hiver généreux en eau marque une respiration majeure pour le Maroc. L’amélioration des réserves hydriques, la recharge des nappes souterraines et la relance attendue de la campagne agricole dessinent une perspective plus stable après plusieurs années d’incertitude climatique. Le pays reste toutefois confronté à la nécessité de renforcer ses infrastructures de gestion de l’eau pour mieux amortir les épisodes extrêmes, désormais plus fréquents.



