L’année 2024 marque un tournant pour le budget des familles marocaines. Selon le Haut-Commissariat au Plan, le pouvoir d’achat des ménages a progressé de 5,1 points, soit sa meilleure performance récente après les tensions inflationnistes des années précédentes. Cette amélioration intervient alors que la hausse de l’indice des prix à la consommation est restée contenue, limitée à 0,9% sur l’ensemble de l’année. Le léger ralentissement des prix, combiné à une dynamique plus soutenue des revenus, a créé un effet réel sur la vie quotidienne, en particulier pour les foyers urbains.
Les nouveaux comptes nationaux montrent que le revenu disponible brut des ménages a atteint 1.059,7 milliards de dirhams, en hausse de 6,7%. Une progression qui résulte d’une amélioration simultanée de plusieurs composantes, à commencer par la rémunération des salariés. Les revenus liés au travail représentent près de la moitié du total, soit 45,3%, avec une évolution identique à celle du RDB : +6,7%. Ce mouvement reflète un marché de l’emploi plus dynamique et des ajustements salariaux plus visibles dans certains secteurs.
Dans le même temps, le revenu mixte, qui inclut notamment l’excédent généré par le service de logement, a constitué 39,4% du revenu disponible des ménages. Sa progression reste plus modérée, de l’ordre de 4%, traduisant une évolution plus lente des activités indépendantes et des revenus locatifs.
Les revenus de la propriété nets ont, eux, enregistré une avancée beaucoup plus marquée. Leur hausse de 10,6% a dopé le revenu global des ménages. Combinés aux prestations sociales et aux transferts nets, ils ont contribué à hauteur de 32,9% au revenu total. Cette tendance confirme le poids croissant des aides publiques, des transferts familiaux – souvent issus de l’étranger – et des revenus du capital dans l’équilibre budgétaire des familles marocaines.
En parallèle, les prélèvements obligatoires ont continué de peser sur les budgets domestiques. Les impôts sur le revenu, les taxes sur le patrimoine et les cotisations sociales ont eu un effet négatif équivalent à 17,6% du revenu disponible. Une pression qui reste stable mais qui limite la marge de progression réelle pour certaines catégories de ménages, notamment ceux dont les revenus dépendent quasi exclusivement des salaires.
L’année a aussi été marquée par une consommation toujours dominante dans les habitudes économiques. Les ménages ont consacré 89,2% de leur revenu disponible à leurs dépenses courantes. Dans ce contexte, le taux d’épargne s’est établi à 11,3%, un niveau qui traduit une légère capacité à constituer une réserve financière malgré les contraintes du coût de la vie.
Les autorités signalent également une évolution notable des transferts sociaux en nature, qui ont progressé de 9,5%, plus du double de la hausse observée un an plus tôt. Ces apports – soins, éducation, aides directes – renforcent la consommation finale effective, laquelle s’est hissée à 1.080 milliards de dirhams.
Rapporté à l’habitant, le revenu disponible a grimpé à 28.808 dirhams, en augmentation annuelle de 6%. Un indicateur souvent scruté par les économistes, car il reflète à la fois la capacité réelle des ménages à faire face aux dépenses essentielles et la manière dont les politiques publiques influencent la répartition des richesses.
L’ensemble de ces données dessine une année 2024 plus favorable que la précédente pour les familles marocaines, même si la progression reste inégale selon les profils socio-économiques. La consolidation des revenus, la maîtrise relative des prix et le rôle accru des transferts sociaux ont permis d’amortir les fragilités et d’améliorer le quotidien de nombreux foyers. Reste à savoir si cette dynamique pourra être maintenue en 2025, dans un contexte marqué par de nouvelles attentes en matière de soutien social, d’emploi et de redistribution.

