À Niamey, la 5e Commission mixte de coopération Maroc-Niger marque un tournant dans les relations bilatérales, avec l’ambition affichée de hisser le partenariat entre Rabat et Niamey à un niveau stratégique et multidimensionnel. Coprésidée par Nasser Bourita et son homologue nigérien Bakary Yaou Sangaré, cette session s’est conclue par la signature de 14 accords couvrant des secteurs clés, allant des infrastructures à l’agriculture, en passant par la santé, la logistique, la formation et la coopération judiciaire.
Dès l’ouverture des travaux, le chef de la diplomatie marocaine a posé le cap : transformer une coopération déjà solide en un levier d’intégration économique et politique à l’échelle continentale. Cette orientation s’inscrit dans la dynamique impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui fait de la coopération Sud-Sud un axe central de la politique étrangère du Royaume. Le Niger, de son côté, a réaffirmé son adhésion à cette vision et sa volonté de renforcer un partenariat fondé sur des intérêts mutuels et des projets concrets.
Au cœur des échanges, les grandes initiatives africaines portées par Rabat ont occupé une place structurante. L’Initiative des États africains atlantiques et celle visant à faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique traduisent une même ambition : désenclaver les économies sahéliennes, stimuler les échanges et renforcer la stabilité régionale. Niamey a d’ailleurs réitéré son soutien à ces projets et s’est engagé en faveur de leur mise en œuvre effective. Le projet de gazoduc africain atlantique, également évoqué, s’impose comme l’un des symboles les plus concrets de cette coopération à long terme.
La dimension sécuritaire n’a pas été reléguée au second plan. Face aux menaces persistantes dans la région, le Maroc a réaffirmé sa solidarité avec le Niger dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Cette coopération ne se limite pas à l’aspect militaire : elle s’appuie aussi sur un travail de fond en matière de prévention, notamment à travers la formation d’imams et de mourchidines à l’Institut Mohammed VI, un dispositif présenté comme un rempart contre les dérives radicales.
Sur le plan économique, la rencontre de Niamey acte une montée en puissance des échanges. Le secteur privé marocain, déjà actif dans le domaine bancaire, des télécommunications et du transport aérien, est appelé à élargir son empreinte. Les deux parties misent également sur le développement de partenariats public-privé innovants, capables de générer de la valeur ajoutée et de servir de modèle à l’échelle africaine. Les accords signés traduisent cette volonté de diversification, en intégrant des secteurs à fort potentiel comme les énergies renouvelables, l’industrie pharmaceutique ou encore l’aménagement du territoire.
La coopération humaine et culturelle n’est pas en reste. Les programmes de bourses destinés aux étudiants nigériens, ainsi que les échanges académiques et religieux, illustrent une relation qui dépasse les seuls enjeux économiques. Rabat et Niamey entendent ainsi consolider un socle durable, ancré dans la formation, le partage d’expertise et la mobilité des compétences.
À l’issue de cette 5e Commission mixte, les deux pays affichent une convergence claire : dépasser le cadre classique de la coopération bilatérale pour construire un partenariat africain structurant. Dans un contexte régional marqué par de profondes recompositions, cette dynamique illustre une volonté commune de bâtir des alliances durables, capables de répondre aux défis de développement, de sécurité et d’intégration du continent.


