Réunis en Conseil des ministres présidé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les membres du gouvernement ont dévoilé les contours d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré. Portée par le ministère de l’Intérieur, cette réforme engage une enveloppe d’environ 210 milliards de dirhams sur huit ans et ambitionne de repositionner les territoires au cœur de la décision publique.
L’objectif est clair : rapprocher la conception des politiques publiques des réalités locales, tout en assurant un pilotage national plus cohérent et mieux évalué.
Une approche fondée sur les besoins des territoires
Au centre de cette nouvelle architecture, un changement profond de méthode. Les priorités de développement ne sont plus exclusivement définies au niveau central. Elles reposent désormais sur les besoins exprimés par les citoyens et les diagnostics établis à l’échelle des préfectures et provinces.
Des consultations territoriales ont été menées à travers le Royaume afin d’identifier les attentes en matière d’emploi, d’éducation, de santé, d’accès à l’eau et de mise à niveau des infrastructures. Chaque territoire fait ainsi l’objet d’une lecture socio-économique détaillée, mettant en évidence ses atouts et ses fragilités.
Une gouvernance territoriale à trois niveaux
La réforme repose sur une architecture de gouvernance articulée autour de trois échelons complémentaires.
- Niveau local : pilotage de proximité
Dans chaque préfecture et province, un comité présidé par le gouverneur sera chargé de la conception et du suivi des programmes. Il réunira élus et représentants des services déconcentrés, avec pour mission d’assurer un lien direct avec les populations et d’adapter les projets aux besoins réels du terrain.
- Niveau régional : cohérence et harmonisation
À l’échelle régionale, les walis auront la responsabilité de consolider les programmes issus des différentes provinces. Cette étape vise à garantir la cohérence des projets et à éviter les doublons, tout en assurant une meilleure complémentarité des investissements publics.
- Niveau national : validation et évaluation
Un comité présidé par le Chef du gouvernement assurera la validation des programmes, la coordination intersectorielle et la définition des indicateurs de performance. Ce niveau central sera également chargé de mesurer l’impact réel des politiques engagées.
Des mécanismes d’exécution modernisés
La mise en œuvre opérationnelle des projets connaîtra également une transformation importante. Les agences régionales d’exécution des projets (AREP) seront remplacées par des sociétés anonymes, présidées par les présidents de régions.
Cette évolution vise à introduire davantage de souplesse dans la gestion des projets, tout en maintenant un cadre de contrôle public strict. L’objectif affiché est d’améliorer la rapidité d’exécution et la qualité des réalisations sur le terrain.
Contrôle renforcé et transparence accrue
La réforme accorde une place centrale à la transparence et à la reddition des comptes. Chaque programme fera l’objet d’un audit annuel conjoint réalisé par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’administration territoriale.
Ces contrôles auront pour mission d’évaluer la performance des projets, de vérifier le respect des procédures et de garantir une gestion orientée résultats.
Dans la même dynamique, une plateforme numérique sera mise en place afin de permettre aux citoyens, aux élus et aux institutions de suivre l’évolution des projets en temps réel. Programmation, avancement et réalisation y seront rendus accessibles.
Un nouveau cadre juridique pour consolider la régionalisation avancée
Le Conseil des ministres a également adopté un projet de loi organique modifiant la loi relative aux régions. Ce texte s’inscrit dans la continuité du chantier de la régionalisation avancée.
Trois axes structurent cette réforme juridique :
- la transformation des AREP en sociétés anonymes pour améliorer l’efficacité d’exécution ;
- la clarification des compétences des régions afin de renforcer leur rôle économique ;
- le renforcement des ressources financières via une augmentation des transferts de l’État.
Un levier de développement et de réduction des disparités
Avec une enveloppe de 210 milliards de dirhams sur huit ans, cette nouvelle génération de programmes vise à stimuler l’investissement territorial, renforcer l’attractivité des régions et soutenir la création d’emplois.
L’ensemble du dispositif s’inscrit dans une logique de proximité, de performance et de rééquilibrage territorial, avec une volonté affichée de réduire les disparités entre les différentes zones du Royaume.

