Une ère nouvelle s’ouvre pour le secteur de l’hébergement touristique au Maroc. En rendant publics cinq arrêtés majeurs au Bulletin Officiel, le ministère du Tourisme vient d’activer une réforme de fond, longtemps attendue, destinée à repositionner le Royaume dans le peloton de tête des destinations mondiales. Cette révision, qui concerne à la fois les normes de classement, les critères de qualité et les modèles d’investissement, s’inscrit dans une volonté claire de tirer l’offre touristique marocaine vers le haut.
Le changement le plus marquant réside dans l’instauration d’un système de classement par étoiles unifié pour l’ensemble des structures d’hébergement, qu’il s’agisse d’hôtels, de riads, de maisons d’hôtes ou de kasbahs. Ce système harmonisé, inspiré des standards internationaux, permet de rendre l’offre plus lisible pour les visiteurs tout en introduisant une dynamique de saine concurrence entre les opérateurs. Désormais, la promesse d’un confort et d’une qualité de service sera fondée sur des critères concrets et comparables.
Mais au-delà du simple affichage, c’est toute la logique d’évaluation qui évolue. Les inspections classiques laissent place à des « visites mystères », menées par des auditeurs spécialement formés pour évaluer l’expérience client dans ses moindres détails. Jusqu’à 800 critères peuvent être pris en compte, couvrant aussi bien l’accueil, la propreté, les équipements que l’ambiance ou l’attention portée aux besoins des clients. Un établissement ne pourra conserver son classement qu’à condition de renouveler cette évaluation tous les cinq à sept ans, une mesure qui garantit une amélioration continue des prestations.
Côté investissement, l’innovation est également au rendez-vous. Le ministère introduit un concept inédit au Maroc : les Résidences Immobilières Adossées (RIA). Ce modèle cible particulièrement les établissements haut de gamme, notamment les hôtels 5 étoiles. Il permet la vente de villas privées dont la gestion opérationnelle est confiée à l’hôtel, offrant ainsi aux clients des expériences exclusives tout en renforçant la rentabilité des projets. Cette formule attire de nouveaux profils d’investisseurs, séduits par la promesse d’un retour sur investissement couplé à un produit hautement différencié.
Les professionnels du secteur disposent d’un délai de 24 mois pour s’adapter à ce nouveau cadre. Cette période de transition leur permettra d’ajuster leurs infrastructures, d’améliorer la formation de leur personnel et de se préparer aux prochaines évaluations qualité. Un défi ambitieux, mais nécessaire pour asseoir durablement la crédibilité du label marocain à l’échelle internationale.
Et cette refonte ne s’arrête pas là. Le ministère prévoit déjà de nouveaux textes pour encadrer les formes d’hébergement émergentes et souvent informelles, telles que les bivouacs, les logements chez l’habitant, les hébergements alternatifs comme les cabanes ou les conteneurs, ainsi que les offres présentes sur les plateformes numériques. Objectif : renforcer la qualité, garantir la sécurité des clients, et assurer une équité entre les différents acteurs du marché, tout en accompagnant la transition des hébergeurs non enregistrés vers un cadre légal.
Pour Fatim-Zahra Ammor, ministre du Tourisme, cette réforme marque une avancée stratégique. Elle affirme que cette démarche a été menée en étroite concertation avec les professionnels du secteur. L’ambition affichée : positionner le Maroc non seulement comme une destination accueillante, mais comme une référence internationale en matière de qualité touristique. Ce virage, pensé sur le long terme, répond à une exigence : offrir au visiteur une expérience cohérente, fiable et mémorable.

