Le Maroc s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la modernisation de ses transports urbains. La Banque mondiale prévoit d’approuver un prêt de 350 millions de dollars pour financer la première phase du Programme de mobilité urbaine du Royaume, qui cible dans un premier temps les agglomérations de Rabat, Tanger et Marrakech.
D’un coût global estimé à près d’un milliard de dollars et cofinancé par l’État marocain, le programme doit s’étaler sur cinq ans. Il vise à améliorer les conditions de déplacement des usagers, à renforcer l’accès aux services sociaux et aux pôles d’emploi, mais aussi à soutenir l’activité économique des grandes villes à travers des réseaux de transport collectif plus efficaces.
Le financement envisagé par la Banque mondiale prendra la forme d’un prêt axé sur les résultats, dans le cadre du nouveau partenariat établi avec le Maroc. Le programme s’inscrit dans les orientations du Nouveau modèle de développement et dans la feuille de route nationale dédiée à la mobilité urbaine, élaborée par le ministère de l’Intérieur avec l’appui de l’institution financière internationale.
Une part importante des investissements sera consacrée au transport collectif par autobus. Le dispositif prévoit l’acquisition et le déploiement de nouveaux bus afin de remplacer progressivement les véhicules arrivés en fin de vie et d’augmenter l’offre dans les villes et agglomérations concernées. L’objectif est également d’améliorer la fréquence des services et d’élargir leur couverture géographique.
La modernisation passera aussi par la transformation numérique des réseaux. Le programme prévoit notamment la généralisation de solutions de billetterie électronique, ainsi que la mise à niveau des systèmes de gestion des flottes et de régulation du trafic. Ces outils doivent permettre d’améliorer la gestion des réseaux et de rendre les déplacements plus fluides pour les usagers.
Le développement des infrastructures de Bus à haut niveau de service, ou BHNS, constitue un autre volet majeur du projet. À Rabat, quatre lignes totalisant près de 50 kilomètres sont prévues. Tanger doit bénéficier d’un corridor d’environ 20 kilomètres, tandis qu’un projet similaire est programmé à Marrakech sur une longueur comparable. Ces opérations s’accompagneront de travaux d’infrastructure destinés à faciliter la circulation et à améliorer les performances des transports collectifs.
Les investissements pourront notamment porter sur des aménagements routiers, des ouvrages d’art, des ponts ainsi que des passages souterrains ou supérieurs permettant de mieux gérer les intersections. Des opérations d’aménagement urbain intégré sont également envisagées autour des corridors afin d’améliorer l’expérience des passagers et la qualité des espaces traversés.
Le programme ne se limite toutefois pas aux infrastructures et au matériel roulant. Il prévoit également une réforme du pilotage du secteur de la mobilité urbaine, avec un renforcement des structures chargées de coordonner et de suivre les politiques publiques dans ce domaine.
La Direction de la mobilité urbaine et des transports, relevant du ministère de l’Intérieur, doit ainsi voir ses capacités consolidées pour assurer la supervision du secteur à l’échelle nationale et accompagner la mise en œuvre du programme. Le Fonds d’accompagnement des réformes du transport, considéré comme un mécanisme central de financement du secteur, doit lui aussi bénéficier d’un renforcement de ses moyens humains, techniques et financiers.
À l’échelle locale, le programme entend améliorer la coordination entre les collectivités et renforcer leur capacité à planifier, financer et gérer les services de mobilité urbaine. Le dispositif prévoit notamment de favoriser le développement des entités de coordination intercommunale et de consolider le rôle des Sociétés de développement local spécialisées dans le transport.
Les régions devraient également être davantage associées au financement et à la gouvernance des projets de transport urbain. Cette évolution doit accompagner, à terme, un déploiement plus large de la stratégie nationale de mobilité urbaine dans les principales villes du Royaume.
La première phase, centrée sur Rabat, Tanger et Marrakech, doit ainsi servir de base à une extension progressive du programme à d’autres grandes agglomérations marocaines. Des projets supplémentaires, notamment dans le domaine des BHNS et des réseaux de transport suburbain, sont appelés à être développés dans une deuxième phase afin de répondre aux besoins des territoires confrontés aux plus fortes difficultés de mobilité.
Avec ce programme, le Maroc entend donc agir simultanément sur trois leviers : renouveler et renforcer l’offre de transport collectif, développer des infrastructures urbaines plus performantes et moderniser la gouvernance du secteur. L’enjeu est de construire des réseaux capables de mieux accompagner la croissance des villes tout en facilitant les déplacements quotidiens des citoyens.


