Littoral marocain : surveillance par drones contre l’érosion et la submersion
Le Maroc s’apprête à renforcer la surveillance de son littoral par des moyens technologiques avancés. La Direction des ports et du domaine public maritime, relevant du Ministère de l’Équipement et de l’Eau, a lancé un appel d’offres national ouvert pour un programme de suivi technique des côtes à l’aide de drones. Doté d’un budget de 500.000 dirhams, le projet cible en priorité les zones exposées à l’érosion côtière et aux risques de submersion marine dans quatre régions stratégiques : l’Oriental, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat.
Ces territoires concentrent une forte pression urbaine, des infrastructures portuaires majeures et des écosystèmes fragiles. Leur vulnérabilité face à la montée du niveau de la mer et aux dynamiques marines impose un suivi précis et régulier du trait de côte. L’objectif affiché est clair : disposer de données topographiques et géospatiales d’une précision centimétrique pour anticiper les transformations du littoral marocain et orienter les décisions d’aménagement.
Concrètement, les drones mobilisés devront produire des images aériennes atteignant une résolution de 6 centimètres par pixel, sans rééchantillonnage. Les relevés serviront à générer des modèles tridimensionnels avec une précision planimétrique et altimétrique d’environ 10 centimètres, un niveau d’exigence aligné sur les standards internationaux en matière de cartographie côtière. Il ne s’agit pas seulement de photographier le rivage, mais de construire une base scientifique exploitable pour la gestion du domaine public maritime.
Le dispositif repose sur trois missions complémentaires pour chaque site concerné. La première consiste à produire des orthophotos mosaïquées et à constituer une base de points de référence au sol afin de garantir la cohérence géodésique des relevés. La seconde mission porte sur la dimension topographique : génération de modèles numériques de terrain (MNT), élaboration de plans détaillés intégrant reliefs, ouvrages et réseaux existants. Ces documents techniques serviront d’outils d’aide à la décision pour la planification des travaux et la prévention des risques côtiers.
La troisième mission s’attache à l’analyse de l’évolution du trait de côte. Elle prévoit le calcul des volumes de sable et de matériaux déplacés ainsi que la comparaison avec les données antérieures conservées par l’administration. Cette approche permettra d’identifier les zones en recul ou en avancée, d’évaluer l’efficacité des ouvrages de protection et de mesurer l’impact des aménagements réalisés.
Le cahier des charges impose la mobilisation d’un ingénieur géomètre-topographe, épaulé par des techniciens spécialisés. Le prestataire devra disposer de drones conformes aux spécifications techniques, de stations de mesure de haute précision et de systèmes GPS bi-fréquence. L’obtention des autorisations de vol auprès des autorités compétentes est obligatoire, tout comme l’archivage des données numériques pendant une durée minimale de cinq ans.
Au-delà de l’aspect technique, ce programme traduit une volonté d’inscrire la gestion du littoral marocain dans une logique préventive. Avec plus de 3.500 kilomètres de côtes, le Royaume concentre sur son rivage une part significative de son activité économique : ports, zones industrielles, tourisme balnéaire, infrastructures énergétiques. La surveillance par drones offre une lecture fine et actualisée de l’évolution du trait de côte, indispensable pour sécuriser ces investissements et préserver les espaces naturels sensibles.
En intégrant la télédétection, la modélisation 3D et les systèmes d’information géographique dans la gestion du domaine public maritime, l’administration se dote d’outils capables d’éclairer les politiques publiques à moyen et long terme. La précision des données collectées doit permettre d’anticiper les risques de submersion marine, de mieux planifier les ouvrages de protection et d’adapter l’urbanisation aux contraintes climatiques.
À travers ce projet de surveillance côtière par drones, le Maroc affirme une orientation nette : fonder la gouvernance du littoral sur l’expertise technique, la donnée mesurable et l’anticipation des risques. Une évolution stratégique dans un contexte où l’érosion et le changement climatique redessinent progressivement les contours des côtes.



