Le Maroc s’apprête à revisiter les termes de son partenariat commercial avec la Türkiye, dans un contexte où les déséquilibres de la balance commerciale deviennent de plus en plus difficiles à ignorer. Selon des sources gouvernementales relayées par l’agence Reuters, une mission diplomatique marocaine est attendue prochainement à Ankara pour rouvrir le dialogue autour des modalités de l’accord de libre-échange liant les deux pays depuis plus de deux décennies.
Ce mouvement de Rabat survient alors que les échanges avec la Türkiye se caractérisent par un déficit structurel croissant, aggravé par l’ampleur des importations de biens manufacturés turcs, notamment dans le textile et l’habillement. Le creusement de ce déséquilibre, estimé à près de 3 milliards de dollars, relance un débat récurrent sur la soutenabilité de certains accords de libre-échange dans leur forme actuelle.
Le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, devrait mener les discussions bilatérales, avec pour ambition affichée de faire contrepoids à ce déséquilibre par une politique plus volontariste en matière d’investissements. L’objectif : encourager les entreprises turques à s’implanter localement, plutôt que d’inonder le marché marocain de produits finis.
L’accord initial signé en 2004 avait déjà fait l’objet d’un réajustement en 2020, avec l’instauration de droits de douane ciblés sur certaines filières vulnérables. Mais ces mesures correctives n’ont pas permis d’enrayer la tendance. Malgré les taxes supplémentaires imposées sur les produits turcs à fort impact, notamment dans le secteur textile, la balance reste largement déficitaire au profit d’Ankara.
Ce déséquilibre commercial prend une dimension encore plus préoccupante à la lumière des derniers chiffres de l’Office des changes, qui font état d’un creusement de 22,8 % du déficit global sur les quatre premiers mois de l’année, atteignant près de 109 milliards de dirhams. Dans ce contexte, la révision des accords commerciaux les plus sensibles s’impose progressivement comme un levier stratégique pour le gouvernement.
Derrière cette volonté de rééquilibrage se dessine une orientation plus large : celle d’un Maroc en quête d’autonomie productive, soucieux de défendre ses filières industrielles face à une concurrence souvent asymétrique, et déterminé à transformer ses partenariats commerciaux en opportunités concrètes d’investissement local.

