Le dossier du sextuple homicide de Salé, survenu en 2021 et qualifié par la presse de « boucherie du quartier Rahma », refait surface devant la Cour d’appel de Rabat. Selon Al Akhbar, la justice a décidé de repousser une nouvelle fois l’examen de ce dossier brûlant, qui mêle accusations sanglantes, dénégations obstinées et éléments de preuve troublants.
L’homme au cœur de ce procès est un sexagénaire marocain, ancien travailleur en Espagne, livré aux autorités marocaines en 2024 après une année de détention dans la péninsule ibérique. Jugé en première instance à la prison à vie, il continue de clamer son innocence et tente aujourd’hui, devant la juridiction d’appel, de convaincre qu’il n’est pas l’auteur du crime.
L’une des pièces les plus accablantes pour l’accusé, rapportée par Al Akhbar, est une série d’enregistrements audio retrouvés sur son téléphone, dans lesquels il menace explicitement les membres de sa propre famille, dont une femme, un enfant et un nourrisson qui figureront parmi les victimes du carnage. Des déclarations qu’il attribue à un état d’ivresse, évoquant une conscience altérée au moment de leur émission.
Face à ces éléments, la défense s’efforce de faire vaciller la solidité des preuves en invoquant l’absence d’intention criminelle. Mais les expertises techniques authentifiant les enregistrements risquent de peser lourd, d’autant plus que le mobile supposé, un conflit familial autour de propriétés foncières dans la région de Machraa Belksiri, confère un mobile tangible au crime.
Malgré cela, le flou persiste. D’après des témoignages recueillis, y compris au sein du cercle familial, le doute plane encore sur l’identité réelle de l’auteur. Une ambiguïté que l’accusé exploite pour renforcer sa ligne de défense, affirmant qu’il se trouvait à l’étranger lors des faits. Une version pourtant infirmée par les autorités espagnoles, qui ont confirmé sa présence sur le territoire marocain au moment du drame.
Ce procès en appel, dont l’issue est encore incertaine, relance une affaire aux multiples ramifications, entre vérité judiciaire et zones d’ombre persistantes. Le prochain round judiciaire est attendu avec attention, alors que la société marocaine, choquée par l’atrocité du crime, attend que justice soit rendue.

