Tenue mercredi à Meknès, en marge du 18ᵉ Salon international de l’agriculture au Maroc, la 6ᵉ conférence ministérielle de l’Initiative AAA, dédiée à l’adaptation de l’agriculture africaine, a marqué dix années d’engagement collectif pour renforcer la résilience du secteur face au changement climatique. Ministres, bailleurs de fonds et partenaires techniques s’y sont retrouvés pour dresser le bilan et fixer les priorités d’une agriculture africaine plus solide et durable.
Prenant la parole, Ahmed El Bouari est revenu sur la genèse de cette dynamique née en 2016 à Marrakech, en marge de la COP22. À l’époque, les dirigeants africains s’étaient réunis autour d’une interrogation simple et pressante, celle de protéger une agriculture exposée de plein fouet aux dérèglements climatiques. De cette mobilisation est née l’Initiative AAA, conçue pour porter une voix africaine unifiée dans les négociations internationales et orienter des financements vers des solutions concrètes au profit des agriculteurs.
Dix ans plus tard, les résultats sont tangibles. La plateforme s’est installée dans le paysage institutionnel du continent et a permis d’organiser cinq conférences ministérielles, tout en contribuant à la mise en œuvre de plusieurs engagements. Pour Alexandre Huynh, représentant de la Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, cette période reste courte face à l’ampleur des défis, mais elle témoigne d’une progression réelle dans la structuration de l’action collective.
Les échanges ont également porté sur les orientations à venir. Le ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer la diffusion des solutions qui ont fait leurs preuves, d’améliorer les services climatiques destinés aux agriculteurs et de revoir les mécanismes de financement. La question d’un accès plus équitable aux ressources financières s’est imposée, avec un appel à privilégier les subventions au détriment de l’endettement. Les femmes et les jeunes, piliers du monde rural, figurent parmi les priorités de cette nouvelle phase.
Sur le plan financier, Mohamed Fikrat a souligné la nécessité de rompre avec les approches classiques. Il a plaidé pour des modèles intégrés à l’échelle des filières et des territoires, capables d’intégrer les contraintes liées aux cycles agricoles, aux aléas climatiques et à la volatilité des rendements. Cette évolution suppose aussi de mieux anticiper les risques et de soutenir les agriculteurs sur des horizons plus longs.
Au-delà de la production, les discussions ont mis en avant les enjeux sociaux et économiques dans les zones rurales. Préserver l’activité, soutenir les filières et accompagner les transitions nécessitent une combinaison cohérente entre financement, expertise technique et outils de gestion des risques. Dans un contexte marqué par l’incertitude climatique, cette approche globale s’impose progressivement.
Placée sous le thème des dix ans de l’Initiative AAA, cette conférence a également été marquée par la participation de Princesse Sara Bent Bandar Bin Abdelaziz Al Saoud, directrice exécutive du Conseil international des dattes, signe de l’intérêt croissant pour les enjeux agricoles africains à l’échelle internationale.
Au total, des représentants de 13 pays africains, dont dix ministres, ont pris part à cette rencontre. À Meknès, le rendez-vous s’inscrit comme un moment charnière, entre bilan et relance, dans un contexte où l’agriculture africaine doit composer avec des défis climatiques de plus en plus pressants tout en assurant sa croissance et sa stabilité.


