L’organisation autrichienne Noyb, engagée dans la défense de la vie privée, a adressé une mise en demeure à Meta, accusant le géant technologique de vouloir exploiter les données personnelles de ses utilisateurs européens pour entraîner ses systèmes d’intelligence artificielle.
Dans un communiqué virulent, Max Schrems, fondateur de l’ONG, dénonce une démarche « absurde et risible » de la part de Meta : « L’entreprise prétend devoir aspirer les données de tout le monde pour entraîner ses IA, alors que d’autres réussissent à développer de meilleurs modèles sans avoir recours à de telles pratiques ».
Meta, maison-mère de Facebook et Instagram, a en effet annoncé qu’à partir du 27 mai, l’ensemble des contenus publics publiés sur ses plateformes – à l’exception de WhatsApp – pourrait être utilisé pour nourrir ses modèles d’intelligence artificielle générative. Les utilisateurs peuvent s’y opposer, mais par défaut, leurs données seront incluses.
Ce projet, longtemps retardé par le cadre juridique européen – notamment le RGPD, le Digital Markets Act et le règlement sur l’intelligence artificielle –, avait déjà été mis en pause en 2024 après une vague de plaintes déposées par Noyb dans onze pays. Le groupe californien justifie aujourd’hui sa relance par un « intérêt légitime », une notion que l’ONG rejette catégoriquement.
« Quel intérêt légitime peut justifier la collecte massive de données de millions d’Européens depuis deux décennies ? Ce n’est ni légal, ni nécessaire », martèle Max Schrems, rappelant que le simple consentement des utilisateurs aurait suffi. Selon lui, obtenir l’accord de seulement 10 % des 400 millions d’abonnés européens permettrait déjà un entraînement efficace des modèles linguistiques.
La lettre de mise en demeure adressée à Meta constitue, selon Noyb, un avertissement préalable avant d’éventuelles poursuites judiciaires ou une action collective. L’association, dont le nom signifie « None of your business » (« Ce ne sont pas vos affaires »), est connue pour ses combats juridiques contre les géants du numérique, qui se sont soldés par plusieurs sanctions record.
Meta n’a pour l’instant pas réagi officiellement à cette nouvelle offensive.

