Au moins 7.667 personnes ont perdu la vie ou sont portées disparues sur les routes migratoires à travers le monde en 2025. Cela représente en moyenne 21 morts chaque jour.
Les nouvelles données publiées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dressent un constat alarmant : malgré une légère baisse par rapport aux près de 9.200 décès enregistrés en 2024, les routes migratoires continuent de coûter la vie à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.
Pour l’agence onusienne, ce recul apparent ne traduit pas une amélioration structurelle de la situation. Il s’explique en partie par la diminution des départs sur certaines routes migratoires irrégulières, notamment dans les Amériques. Mais il reflète aussi des difficultés croissantes d’accès à l’information et des contraintes budgétaires qui entravent la documentation complète des décès de migrants.
« Nous continuons de recenser des pertes humaines sur les routes migratoires, ce qui constitue un échec mondial que nous ne pouvons accepter », a déclaré la directrice générale de l’OIM, Amy Pope. Elle insiste sur un point central : ces décès ne relèvent pas de l’inévitable. Lorsque les voies de migration sûres et régulières sont hors d’atteinte, de nombreuses personnes se tournent vers des itinéraires périlleux, tombant aux mains de réseaux de passeurs et de trafiquants.
Les traversées maritimes restent les plus meurtrières. En Méditerranée, 2.108 personnes ont péri ou disparu en 2025, selon les données consolidées de l’OIM. Sur la route Atlantique reliant l’Afrique de l’Ouest aux îles Canaries, 1.047 décès ont été recensés. Ces chiffres, bien que déjà élevés, pourraient être sous-estimés. L’organisation évoque environ 1.500 disparitions supplémentaires en mer qui n’ont pas pu être confirmées, faute d’accès suffisant aux informations relatives aux opérations de recherche et de sauvetage.
Des corps continuent par ailleurs d’être retrouvés sans que les naufrages correspondants aient pu être identifiés. Au moins 270 dépouilles ont été repêchées sur les côtes méditerranéennes sans être reliées à des embarcations précises. Trois bateaux transportant les restes de 42 personnes ont même été découverts à la dérive jusqu’au Brésil et dans les Caraïbes, après ce qui s’apparente à une tentative de traversée vers les Canaries. Ces “naufrages invisibles” illustrent la difficulté à établir un bilan exhaustif des morts en mer.
La tendance ne faiblit pas en 2026. Au 24 février, 606 décès ont déjà été enregistrés en Méditerranée depuis le début de l’année, un niveau inédit pour les deux premiers mois. Dans le même temps, les arrivées en Italie ont chuté de 61 %, passant de 6.358 à 2.465 personnes sur la même période. Cette baisse des arrivées ne signifie donc pas nécessairement une diminution du risque. Ces deux dernières semaines, 23 corps supplémentaires ont été retrouvés sur les côtes du sud de l’Italie et de la Libye, tandis que de nombreuses disparitions restent à confirmer.
Dans les Amériques, 409 décès ont été recensés en 2025, le total le plus bas depuis que l’OIM compile ces données en 2014. Ce recul serait lié à une diminution des passages par des zones particulièrement dangereuses, comme la jungle du Darién ou la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Les chiffres définitifs pour cette région ne seront toutefois consolidés qu’à la mi-2026 en raison de retards dans les signalements.
L’Asie enregistre plus de 3.000 morts de migrants en 2025, faisant de cette année la troisième plus meurtrière consécutive sur le continent. Parmi eux, 1.540 Afghans ont perdu la vie. La route dite de l’Est, reliant la Corne de l’Afrique au Yémen et aux pays du Golfe, a enregistré 922 décès, contre 558 en 2024. La quasi-totalité des victimes étaient éthiopiennes, dont beaucoup ont péri lors de trois naufrages majeurs ayant chacun fait plus de 180 morts.
Au-delà des chiffres, l’OIM pointe l’expansion des réseaux de traite et de trafic de migrants, qui prospèrent sur la fermeture des voies légales. L’agence appelle les gouvernements à renforcer les opérations coordonnées de recherche et de sauvetage, à intensifier la coopération internationale pour démanteler les filières criminelles et à élargir l’accès à des voies de migration sûres et régulières.
Sauver des vies sur les routes migratoires, qu’elles soient terrestres ou maritimes, reste une responsabilité collective. Les données de 2025 rappellent que la crise migratoire mondiale ne se mesure pas seulement en flux ou en statistiques d’arrivées, mais en vies humaines perdues, souvent loin des regards et des radars officiels.

