Le Maroc pourrait bientôt accueillir un nouvel acteur bancaire digital : Revolut, la néobanque britannique valorisée près de 45 milliards de dollars. Depuis plus d’un an, cette banque 100 % digitale nourrit le projet d’une implantation sur le marché marocain. Après plusieurs mois de discrétion, Bank Al-Maghrib (BAM) a pris la parole mardi 23 septembre 2025, à l’issue de sa troisième réunion trimestrielle, pour clarifier les conditions d’accès de Revolut au royaume.
Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale, a souligné la prudence qui guidera toute décision d’agrément. « Lorsque nous recevons une demande, nous évaluons le projet industriel, sa valeur ajoutée pour le marché, la qualité et l’expérience des fondateurs, ainsi que la solidité technique de l’ensemble du dispositif », a expliqué Jouahri. L’objectif est double : protéger l’équilibre du marché bancaire et garantir que l’arrivée de nouveaux entrants n’ébranle pas les acteurs locaux.
Selon Jouahri, les responsables de Revolut ont multiplié les prises de contact avec BAM ces derniers mois. En juin 2025, la direction générale de la Banque centrale a reçu les représentants de la néobanque. Le conseil d’administration de Revolut prévoit désormais une visite au Maroc en octobre 2025 pour présenter son projet et solliciter un agrément officiel.
Pour le régulateur marocain, la prudence est essentielle. Un expert bancaire marocain, qui a requis l’anonymat, estime que l’octroi d’une licence bancaire universelle à Revolut semble improbable dans un contexte de forte concentration bancaire. « Le marché marocain est dominé par un petit nombre d’acteurs. Autoriser un opérateur digital à coûts réduits pourrait bouleverser cet équilibre », explique-t-il. Selon lui, Revolut pourrait toutefois obtenir un agrément restreint, sous la forme d’opérations de transfert de fonds, de services de paiement ou de solutions spécialisées, et s’implanter progressivement dans des niches comme l’inclusion financière ou les cryptomonnaies.
Le paysage bancaire marocain reste très concentré. Selon le rapport annuel 2024 de BAM, cinq grandes banques contrôlent 76 % des actifs, crédits et dépôts du pays. Au total, le Maroc compte 24 banques, dont cinq participatives, 29 sociétés de financement et 18 établissements de paiement. Dans ce contexte, la concurrence est limitée et tout nouvel acteur, surtout digital, représente un défi pour la régulation et la stabilité du secteur.
La stratégie de Revolut sur le marché marocain devra donc être nuancée. L’approche pourrait s’inspirer des autorisations limitées obtenues dans d’autres pays, permettant à la néobanque de tester ses services et d’apporter une valeur ajoutée avant de viser une extension complète. Cette méthode offrirait également au régulateur le temps nécessaire pour évaluer les risques et adapter les conditions d’exploitation.
Avec un taux de bancarisation qui atteint désormais 58 %, en progression de quatre points en un an, le Maroc offre un marché porteur pour les services financiers innovants. Mais tout acteur souhaitant s’implanter doit conjuguer ambition digitale et respect du cadre réglementaire. Pour Bank Al-Maghrib, la règle est simple : l’agrément dépend de l’honorabilité du projet, de sa valeur ajoutée et de l’équilibre global du marché. Les autorités restent déterminées à encadrer l’arrivée de Revolut, en veillant à ce que cette nouvelle dynamique stimule la concurrence sans déstabiliser le secteur.
L’entrée de Revolut au Maroc pourrait marquer un tournant pour le digital banking dans le royaume, à condition de naviguer habilement entre innovation et régulation stricte.

