Le Maroc engage une réflexion stratégique de grande ampleur sur l’avenir de ses ressources vitales. Réuni le 11 février 2026 à Rabat, le comité de pilotage conduit par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a lancé une étude prospective nationale sur le Nexus Eau–Énergie–Alimentation (EEA) à l’horizon 2040. Objectif : anticiper les tensions liées à la raréfaction de l’eau, à la transition énergétique et aux défis de la sécurité alimentaire, tout en éclairant les choix publics de long terme.
Autour du HCP, plusieurs institutions clés ont été mobilisées : le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Économie et des Finances, le ministère de l’Équipement et de l’Eau, le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, ainsi que Bank Al-Maghrib. Cette coordination traduit une volonté claire de dépasser les approches sectorielles pour analyser de manière intégrée les interdépendances entre eau, énergie et alimentation.
Dans les faits, ces trois piliers sont étroitement imbriqués. La production énergétique dépend de la disponibilité hydrique ; l’agriculture, fortement consommatrice d’eau et d’énergie, conditionne la sécurité alimentaire ; les choix d’irrigation ou de subventions influent directement sur la facture énergétique et sur les équilibres budgétaires. Examiner ces politiques séparément ne permet plus de saisir les effets croisés ni d’anticiper les arbitrages nécessaires. L’approche Nexus Eau–Énergie–Alimentation vise précisément à mesurer ces interactions et à en évaluer l’impact économique, social et territorial.
L’étude s’appuiera sur une méthodologie combinant analyse qualitative, modélisation économique et environnementale et intelligence collective multi-acteurs. Des scénarios contrastés seront élaborés à l’horizon 2040 afin d’estimer leurs conséquences sur la croissance, l’emploi, le pouvoir d’achat, le bien-être des ménages et les équilibres macroéconomiques. Cette projection permettra d’identifier les trajectoires les plus soutenables, mais aussi les risques structurels liés au stress hydrique, à la volatilité des marchés énergétiques ou aux chocs climatiques.
L’enjeu dépasse le cadre technique. Il s’agit d’outiller l’État dans ses décisions stratégiques, en s’appuyant sur des données consolidées et sur des simulations d’impact. En associant experts, opérateurs publics et privés, société civile et décideurs, le HCP entend inscrire cette prospective nationale dans une démarche participative. L’ambition est de renforcer la cohérence des politiques publiques, d’éviter les contradictions entre stratégies sectorielles et d’optimiser l’allocation des ressources.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de réforme et de planification stratégique, en ligne avec les orientations nationales visant à consolider la résilience économique et sociale du Royaume. La gestion intégrée du Nexus Eau–Énergie–Alimentation devient ainsi un levier central pour sécuriser l’accès équitable à l’eau et à l’énergie, garantir une sécurité alimentaire à des prix soutenables et réduire les disparités territoriales.
À l’horizon 2040, le Maroc cherche à se doter d’une vision consolidée de ses ressources stratégiques. Face à la pression démographique, aux contraintes climatiques et aux exigences de compétitivité, la prospective engagée par le HCP entend fournir un cadre d’arbitrage clair et documenté. Une démarche qui place la donnée, l’anticipation et l’évaluation d’impact au cœur de la décision publique, avec une finalité simple : préserver durablement la sécurité économique et sociale du pays.

