Depuis plusieurs mois, la tension déjà larvée entre le Pakistan et l’Afghanistan a basculé dans une phase d’affrontements intensifs, marquée par des attaques transfrontalières, des bombardements et l’annonce d’une « guerre ouverte » par Islamabad.
« Notre tasse de patience a débordé », déclare le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif, sur les réseaux sociaux.
Ce dernier considère désormais l’Afghanistan comme un ennemi actif suite à des attaques qualifiées de « feu non provoqué ». Cette déclaration intervient alors que des explosions retentissent dans plusieurs grandes villes afghanes, notamment Kaboul, Kandahar et Paktia, touchées par des frappes aériennes menées par l’armée pakistanaise jeudi soir et vendredi matin en réponse aux attaques des installations militaires pakistanaises.
Kaboul, à l’origine des attaques du jour, répond par une « opération de représailles », affirme Wahidullah Wahidullah, porte-parole de l’armée afghane. Ce dernier affirme que les opérations se déroulent dans les provinces de Nangarhar et de Kunar Est, prenant le contrôle de 8 postes avancés côté pakistanais.
Dans ce conflit, les chiffres divergent fortement selon les deux parties, rendant difficile une estimation des pertes humaines. Mosharraf Zaidi, porte-parole du Premier ministre pakistanais, a affirmé sur X que 133 combattants talibans avaient été tués lors des récentes frappes, faisant plus de 200 blessés.
De son côté, Kaboul assure que 55 soldats pakistanais ont été tués, ajoutant à cela la capture de 19 postes militaires. Affirmation rejetée par le Pakistan.
La ligne de front se concentre principalement autour de la Durand Line. Une frontière de 2 611 km que Kaboul ne reconnaît pas officiellement depuis des décennies et qui est souvent le théâtre d’incidents violents.
Ce vendredi, les combats ont repris près du poste frontalier clé de Torkham, l’un des points de transit les plus importants entre les deux pays, faisant plusieurs blessés parmi des civils afghans, dont des enfants et des femmes hébergés dans un camp de rapatriés.
Causes profondes du conflit
Ce regain de violence ne saurait être interprété comme un événement isolé. Les deux voisins entretiennent des relations instables depuis 1947. Islamabad a soutenu les moudjahidines puis reconnu le régime taliban dans les années 1990 et en 2021. Mais depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, les relations entre Islamabad et Kaboul ont oscillé entre coopération stratégique et méfiance.
Le gouvernement pakistanais accuse régulièrement les autorités afghanes de soutenir la présence du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), accusé, depuis l’Afghanistan, d’opérer des attentats sur le sol pakistanais, ravivant ainsi les tensions frontalières, les accusations mutuelles et les affrontements armés.
Plus récemment, des attaques violentes en territoire pakistanais, y compris un attentat suicide en février qui a fait de nombreuses victimes, ont renforcé la pression sur Islamabad pour qu’il adopte une réponse militaire plus agressive.
L’intensification de ces hostilités intervient dans un contexte régional délicat. Le Pakistan, puissance nucléaire avec une armée importante, et l’Afghanistan, dirigé par les talibans et confronté à une économie fragile.
Alors qu’Antonio Guterres tirait la sonnette d’alarme face à la montée en puissance de « la loi du plus fort », ce sont les droits humains qui sont de nouveau mis à l’épreuve.
Sur la scène mondiale, plusieurs acteurs internationaux ont appelé à la retenue, soulignant que la population reste la principale victime des tensions.



