Le déficit commercial du Maroc a connu une aggravation marquée à fin octobre 2025, franchissant le seuil de 296 milliards de dirhams. Cette détérioration de près de 20% en une année reflète l’écart croissant entre des importations toujours plus dynamiques et des exportations qui progressent, mais à un rythme plus modéré. Les données publiées par l’Office des changes montrent un pays dont les échanges extérieurs continuent d’être tirés vers le haut par la demande en équipements, alors que certains secteurs industriels clés ralentissent.
L’augmentation des importations, désormais évaluées à 682,2 milliards de dirhams, constitue le principal moteur de cet élargissement. La poussée des produits finis d’équipement, en hausse de 15,2%, illustre le rôle stratégique joué par les achats d’avions, de pièces détachées et d’équipements nécessaires au développement de l’aéronautique. Les produits finis de consommation suivent la même direction, stimulés par les livraisons de voitures de tourisme, de médicaments et d’articles de mobilier. La demande interne reste soutenue, même dans un contexte international incertain.
À contre-courant, la facture énergétique s’est allégée de 4,4%, principalement grâce au recul des prix du gasoil et du fuel-oil, malgré des volumes importés en progression. Cette détente n’a toutefois pas suffi à compenser la poussée généralisée des importations. Le segment du gaz de pétrole et autres hydrocarbures s’inscrit également en baisse, confirmant une tendance favorable sur ce poste.
Les exportations ont, de leur côté, atteint 385,2 milliards de dirhams, soit une avancée de 2,6%. Le groupe des phosphates et dérivés tire clairement cette amélioration. Avec plus de 80,6 milliards de dirhams de ventes à l’international, il reste un pilier de la performance extérieure, porté par la progression simultanée des engrais, des phosphates bruts et de l’acide phosphorique. L’aéronautique s’inscrit également dans cette dynamique, notamment grâce au segment EWIS et au renforcement des activités d’assemblage.
D’autres secteurs peinent en revanche à maintenir leur cadence. Le textile et cuir subit une contraction liée à la baisse des ventes de vêtements confectionnés et d’articles de bonneterie. L’automobile, l’un des fleurons industriels nationaux, recule également, pénalisé par le fléchissement du segment de la construction, même si les câblages et composants intérieurs atténuent partiellement le repli. L’électronique et électricité enregistre aussi une baisse significative, confirmant les tensions qui pèsent sur certaines filières exportatrices.
En parallèle, les indicateurs liés aux services et aux flux financiers apportent une respiration bienvenue. Le flux net des IDE dépasse 27 milliards de dirhams, en nette expansion, illustrant la confiance des investisseurs étrangers. Les recettes Voyages, portées par une dynamique touristique solide, franchissent le cap des 113 milliards de dirhams, renforçant l’excédent de la balance des services. Les transferts des Marocains du monde poursuivent leur progression, dépassant les 102 milliards de dirhams, assurant un soutien essentiel aux équilibres macroéconomiques.
L’année 2025 confirme ainsi une réalité contrastée : l’économie marocaine continue de bénéficier de secteurs exportateurs robustes et d’un apport soutenu des services, mais reste vulnérable à une dépendance marquée aux importations d’équipement et de biens de consommation. Cette configuration maintient la pression sur le déficit commercial, malgré la bonne tenue des phosphates, de l’aéronautique et des flux touristiques. Le dernier trimestre déterminera si les tendances actuelles se stabiliseront ou si le pays s’achemine vers un creusement encore plus marqué de ses échanges extérieurs.

