Derrière les chantiers visibles de réhabilitation des médinas, un autre levier se met en place, plus discret : celui de la formation. L’OFPPT engage 1,72 million de dirhams pour repenser en profondeur les compétences liées à ces métiers, encore largement informels mais devenus stratégiques.
Ce dispositif mobilise une enveloppe estimée à 1,72 million de dirhams TTC, selon nos sources. L’intervention s’articule autour de deux axes complémentaires : d’un côté, la refonte et la structuration des programmes de formation dédiés à la restauration du patrimoine; de l’autre, le renforcement des compétences des formateurs appelés à encadrer ces filières.
Au-delà du montant, relativement contenu à l’échelle des grands investissements publics, c’est la nature même du projet qui interpelle. Il ne s’agit pas ici de construire ou de réhabiliter directement, mais de travailler en amont, sur l’ingénierie pédagogique. Autrement dit, former ceux qui formeront et, à terme, structurer toute une chaîne de compétences autour de la réhabilitation architecturale.
Ce positionnement s’inscrit dans une dynamique plus large portée par l’OFPPT, qui a engagé ces dernières années une refonte de son modèle pédagogique. L’approche repose sur une logique d’adéquation fine avec les besoins du marché, en intégrant à la fois les exigences des métiers traditionnels et les mutations techniques du secteur. Le nouveau modèle s’appuie notamment sur une offre élargie couvrant 831 filières réparties sur 19 secteurs et 29 sous-secteurs, avec une forte orientation vers les besoins économiques réels .
Dans le cas spécifique des médinas, l’enjeu dépasse la simple formation technique. Il s’agit de préserver un savoir-faire, tout en l’adaptant à des standards contemporains de sécurité, de durabilité et d’attractivité touristique. Entre maçonnerie traditionnelle, travail du bois ou techniques de restauration, les compétences requises relèvent autant du patrimoine que de l’ingénierie moderne.
Ce chantier intervient alors que plusieurs villes marocaines accélèrent leurs programmes de réhabilitation urbaine, notamment dans les centres historiques. La question des ressources humaines qualifiées devient dès lors centrale : sans main-d’œuvre formée, les ambitions architecturales restent limitées.
En filigrane, ce projet révèle une évolution plus profonde : celle d’une formation professionnelle qui ne se contente plus de suivre les besoins du marché, mais qui cherche à les anticiper et à les structurer. Un pari discret, mais déterminant, dans un secteur où la transmission des compétences reste l’un des principaux défis.

