En 2024, un nombre sans précédent de 295 millions de personnes dans 53 pays a été confronté à une insécurité alimentaire aiguë et à la malnutrition infantile, selon le Rapport mondial sur les crises alimentaires publié le 17 mai par le Réseau mondial contre les crises alimentaires (GNAFC), en collaboration avec l’ONU, l’Union européenne, la Banque mondiale et d’autres partenaires internationaux. Le document révèle une détérioration continue de la situation alimentaire mondiale, annonçant une année 2025 encore plus critique.
Pour la sixième année consécutive, le nombre de personnes souffrant de la faim augmente. Des zones comme le Soudan, la bande de Gaza, Haïti, le Mali et le Soudan du Sud sont particulièrement touchées, avec des populations entières menacées de famine imminente. À Gaza, plus de 1,1 million de personnes, soit la moitié de la population, ont été exposées à un niveau extrême de privation alimentaire entre mars et avril 2024.
Le rapport indique que 1,9 million de personnes sont actuellement en phase de famine ou au seuil de celle-ci, une situation jamais observée depuis la première publication de ce rapport en 2016. Parmi les cas les plus graves, on trouve 755 000 personnes au Soudan, 80 000 au Soudan du Sud, 2 600 au Mali (région de Ménaka) et 5 600 déplacés internes en Haïti, vivant dans des conditions de précarité absolue.
La crise touche profondément les enfants : près de 38 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë dans 26 zones critiques, notamment à Gaza, au Yémen, au Soudan et au Mali. L’UNICEF dénonce une atteinte directe à la dignité et à l’avenir de millions d’enfants dans un monde pourtant riche en ressources.
Les conflits sont identifiés comme le facteur majeur, affectant 140 millions de personnes dans 20 pays. S’y ajoutent les déplacements forcés – 95 millions de personnes déplacées dans des zones déjà en crise – et les chocs économiques : inflation, effondrement des monnaies, et instabilité des marchés ont plongé 60 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire, soit deux fois plus qu’avant la pandémie.
Les événements climatiques extrêmes, amplifiés par le phénomène El Niño, ont provoqué des crises alimentaires dans 18 pays, impactant 96 millions de personnes en Afrique australe, en Asie du Sud et dans la Corne de l’Afrique.
Alors que les besoins humanitaires atteignent des sommets, les financements internationaux sont en chute libre, alerte le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Il dénonce « une défaillance de l’humanité », soulignant qu’au XXIe siècle, la faim est indéfendable. La réduction drastique des fonds d’aide compromet gravement les efforts d’intervention dans les pays les plus touchés.
Les prévisions pour 2025 sont sombres : montée des conflits, tensions géopolitiques, incertitudes économiques, perturbations commerciales et hausses tarifaires risquent d’aggraver encore les crises existantes. Le rapport alerte notamment sur une détérioration rapide en République démocratique du Congo et en Haïti.
Malgré quelques signes de recul de la faim dans certains pays comme l’Afghanistan, le Kenya, le Guatemala ou l’Ukraine, ces progrès demeurent fragiles face aux dynamiques mondiales. Le rapport appelle à une mobilisation internationale urgente, durable et adaptée aux réalités locales, avec des solutions centrées sur la résilience agricole, la stabilité politique et la justice économique.


