REPORTAGE – Réunis à Casablanca à l’occasion de la 7ᵉ édition du Moroccan Consumer Day (MCD), les principaux acteurs de l’écosystème du paiement électronique ont dressé un constat partagé : le Maroc dispose aujourd’hui d’un cadre favorable au développement des paiements digitaux, mais l’adoption par les consommateurs et les commerçants reste le principal défi.
Placée sous le thème « Paiement au Maroc : la révolution en marche », cette rencontre a rassemblé représentants des autorités, établissements financiers, fintechs, opérateurs spécialisés et associations de consommateurs autour des enjeux liés à la transformation des moyens de paiement.
Les débats, articulés autour du cadre réglementaire, de la protection du consommateur, de l’innovation et de l’expérience utilisateur, ont mis en évidence les progrès réalisés ces dernières années. L’ouverture du marché de l’acquisition à de nouveaux opérateurs, la modernisation des infrastructures et l’évolution du cadre réglementaire sont perçues comme des étapes importantes dans la construction d’un écosystème plus concurrentiel.
Pour autant, les intervenants estiment que la transition vers une économie moins dépendante des espèces reste encore inachevée.
Mohammed Adnane Boutaib, responsable du service Études et Projets à Bank Al-Maghrib, a rappelé que la Banque centrale poursuit une stratégie visant à accélérer le recours aux paiements électroniques. Il a toutefois souligné que les paiements en espèces demeurent largement ancrés dans les habitudes des consommateurs marocains.
Même constat du côté des opérateurs. Ismail Bellali, directeur général d’Unipay, considère que l’ouverture du marché n’a pas encore produit tous ses effets sur les volumes de transactions. Selon lui, l’une des priorités consiste désormais à développer davantage le réseau d’acceptation auprès des commerçants afin de faciliter l’utilisation quotidienne de la carte bancaire et des autres moyens de paiement électroniques.
La confiance des utilisateurs s’est également imposée comme l’un des thèmes majeurs des échanges. Mohamed Bourazza, directeur Compliance Groupe chez HPS, a souligné que les exigences de conformité participent directement à la sécurisation des transactions et au renforcement de la confiance des consommateurs.
Président de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), Madih Ouadi a, pour sa part, plaidé pour une concurrence plus soutenue entre les acteurs du secteur, davantage de transparence dans la gestion des litiges et un renforcement des dispositifs de cybersécurité.
Les discussions ont également porté sur l’expérience utilisateur, jugée déterminante pour accélérer l’adoption des paiements digitaux. Zakia Eddariy, directrice générale de CDM Pay, estime que le véritable basculement n’interviendra que lorsque le paiement par carte sera accepté de manière généralisée chez les commerçants.
Dans le même esprit, Hazim Sebbata, directeur général de ScreenEdge, a rappelé que l’innovation technologique ne crée de valeur que lorsqu’elle simplifie réellement le parcours du consommateur, tandis que Jaouad Dabounou, professeur spécialiste de l’intelligence artificielle à l’Université Hassan Ier, considère que les principaux freins sont désormais davantage culturels que technologiques.
Les intervenants ont également évoqué les enjeux économiques liés au maintien d’une économie fortement dépendante du cash. Moulay Ahmed Ouazzani, membre du Directoire chargé du pôle monétique chez Damane Payment, a rappelé que le coût de gestion des espèces reste souvent sous-estimé. De son côté, Mehdi Ouadou, directeur des opérations de Switch Al Maghrib, a insisté sur l’importance stratégique de la maîtrise des infrastructures nationales de paiement, qu’il considère comme un enjeu de souveraineté.
Au terme de cette septième édition du Moroccan Consumer Day, un consensus s’est dégagé : les bases réglementaires et technologiques sont désormais en place. L’accélération du paiement électronique au Maroc dépendra désormais de la capacité de l’ensemble des acteurs à renforcer la confiance des utilisateurs, élargir l’acceptation chez les commerçants et proposer des solutions simples, accessibles et adaptées aux usages du quotidien.

