Après avoir brisé le quasi-monopole du Centre monétique interbancaire (CMI), Naps signe un accord à l’amiable qui pourrait redessiner le paysage du paiement électronique au Maroc.
Une opération financière majeure et un transfert inédit de contrats commerciaux propulsent le jeune acteur au cœur d’une redistribution inédite des parts de marché. Créée en 2017, Naps n’a jamais caché sa volonté de contester la domination historique du CMI dans le secteur du paiement électronique. Après le démantèlement du quasi-monopole de l’opérateur historique, l’établissement a obtenu à l’amiable une indemnisation financière de 15 millions de dirhams, complétée par le transfert gratuit d’un millier de contrats commerciaux.
Selon L’Économiste, cette transaction vise à compenser près d’une décennie de « pratiques anticoncurrentielles » et à sécuriser un portefeuille dont la rentabilité annuelle devra excéder 5 millions de dirhams pour que l’accord soit considéré équilibré. À titre de comparaison, le bénéfice net de Naps sur l’exercice 2024 dépassait à peine les 10 millions de dirhams, selon le commissaire aux comptes Mohamed Hdid.
L’accord, conclu directement entre les deux parties, a été négocié dans la plus grande discrétion, sans intervention du Conseil de la concurrence ni de Bank Al-Maghrib. L’objectif : éviter un procès long et coûteux qui aurait pu aboutir à une indemnisation plus élevée.
Le démantèlement du CMI, qui détenait jusqu’ici près de 98% du marché depuis 2004, a constitué un véritable séisme pour le secteur, notamment pour les TPE et l’e-commerce. L’opérateur a été contraint de céder son portefeuille de contrats aux établissements de paiement, qu’ils soient filiales bancaires ou acteurs indépendants, avant le 31 octobre 2025. Face à l’ampleur de la tâche, un délai supplémentaire de six mois a été accordé par le Conseil de la concurrence, portant la date limite au 30 avril 2026 pour le transfert d’environ 55 000 contrats.
Le processus reste complexe : il nécessite d’abord de valoriser chaque contrat entre le CMI et les banques actionnaires avant de procéder à la cession simultanée aux différents acteurs du marché. L’ensemble devra être finalisé d’ici le 31 janvier 2026.
Depuis juin 2025, les nouveaux acteurs ont commencé à déployer leurs services : quelque 3 000 contrats et TPE ont déjà été installés chez les commerçants. Le hub Fatourati, plateforme de facturation et portail de paiement en ligne, reste toutefois sous contrôle du CMI.
Pendant la période transitoire de 12 mois, le CMI s’engage à transférer tous les contrats d’adhésion des commerçants aux systèmes de paiement par carte et en ligne, ainsi que les contrats liés à son activité de passerelle de paiement. L’opérateur conserve la gestion et la protection des contrats existants, mais ne peut démarcher de nouveaux clients ni signer de nouvelles conventions.
Cette opération marque une étape majeure dans l’ouverture du marché marocain du paiement électronique, offrant de nouvelles opportunités aux acteurs émergents et redessinant la carte de la concurrence dans le secteur.

