En tentant une panenka dans les ultimes secondes de la finale de la Coupe d’Afrique des nations face au Sénégal, le Maroc a vu ressurgir l’un des gestes les plus célèbres et les plus périlleux de l’histoire du football. La tentative, exécutée dans un moment de très forte tension, a été stoppée par Édouard Mendy, empêchant les Lions de l’Atlas de décrocher le sacre continental au bout du suspense. Reprise en boucle, l’action a ravivé un débat ancien et toujours vif : la panenka relève-t-elle du génie ou d’une prise de risque excessive dans les instants décisifs ?
Un geste à quitte ou double
La panenka n’est ni un tir de puissance ni un placement chirurgical. Elle repose sur une idée simple, celle de tirer profit de l’anticipation quasi systématique des gardiens, souvent enclins à plonger avant même l’impact. Le tireur ralentit sa course, glisse le pied sous le ballon et le dépose au centre du but, misant sur un plongeon du portier d’un côté. La marge d’erreur reste toutefois infime. Si le gardien ne s’engage pas ou s’il devine l’intention, l’issue est immédiate.
Ce scénario s’est matérialisé lors de la finale de la CAN. Dans un contexte de pression extrême, la moindre hésitation pèse lourd. Les chiffres, régulièrement rappelés par les analystes, indiquent d’ailleurs que la panenka présente un taux de réussite inférieur aux frappes placées ou puissantes. Son intérêt tient moins à son efficacité pure qu’à l’impact psychologique qu’elle peut produire.
Aux origines d’un geste entré dans le langage du football
La panenka est un éponyme. Elle doit son nom à Antonín Panenka, milieu offensif tchécoslovaque devenu une figure de l’histoire du football le 20 juin 1976. Ce soir-là, en finale du Championnat d’Europe à Belgrade, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne de l’Ouest se départagent aux tirs au but après un match nul 2-2. Lorsque Panenka s’avance pour le cinquième tir décisif, Sepp Maier plonge sur sa gauche. Le ballon, délicatement piqué, finit sa course au centre du but.
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Le stade retient son souffle, puis l’histoire bascule. La Tchécoslovaquie est sacrée championne d’Europe et un geste inédit vient de naître. Un journaliste français évoquera un « poète du football ». Plus tard, Pelé résumera l’audace en une formule restée célèbre : « un génie ou un fou ».
Un geste travaillé, pas une improvisation
Contrairement à l’image d’un coup d’inspiration soudain, la panenka est le fruit d’un long travail. Panenka racontait s’être entraîné pendant près de deux ans avec le gardien de son club, le Bohemians de Prague, prolongeant les séances par des séries de penalties assorties de paris amicaux, misant des chocolats ou des bières après chaque tentative. À force d’observer son partenaire plonger systématiquement, il a affiné cette solution minimaliste, presque malicieuse.
Cet élément éclaire la nature du geste. La panenka n’est pas une provocation gratuite, mais une réponse réfléchie à une mécanique répétitive du jeu. Elle exige sang-froid, lecture fine du gardien et maîtrise technique totale.
De Zidane à Pirlo, une audace réservée aux initiés
Depuis 1976, la panenka a été reproduite sur les plus grandes scènes. En finale de la Coupe du monde 2006, Zinédine Zidane y recourt face à l’Italie, le ballon heurtant la transversale avant de franchir la ligne. À l’Euro 2012, Andrea Pirlo s’en sert comme d’un levier psychologique pour faire basculer une séance contre l’Angleterre. Sergio Ramos en a fait une marque de fabrique, souvent saluée pour son sang-froid.
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À l’inverse, les tentatives manquées restent durablement associées aux moments où elles surviennent. Un penalty arrêté ou repoussé par la barre, surtout en finale, marque les esprits bien au-delà du geste lui-même. La tentative intervenue lors de la finale Maroc Sénégal s’inscrit dans cette histoire contrastée, où certaines panenkas deviennent mythiques et d’autres rappellent la fragilité de ce choix.
Entre héritage et responsabilité
Si la panenka continue de fasciner, c’est parce qu’elle dit quelque chose de plus large que le simple tir au but. Elle révèle un rapport au risque, à la pression et à l’instant. Panenka y voyait le prolongement de sa personnalité. D’autres y cherchent un ascendant mental sur l’adversaire. Mais dans un football hyper médiatisé, où chaque geste est analysé et commenté, l’audace peut rapidement se transformer en fardeau.
La finale Maroc Sénégal rappelle une évidence souvent oubliée. La panenka n’est jamais anodine. Elle peut faire entrer un joueur dans la légende ou rappeler, brutalement, la part d’incertitude qui accompagne ce geste singulier. Entre hommage à une tradition et défi lancé à la logique, elle demeure l’un des paradoxes les plus forts du football moderne.
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