À l’heure où nos téléphones suivent nos déplacements en temps réel, une question divise de plus en plus de couples : faut-il activer le partage de sa position avec son époux ou sa fiancée ? Pour certains, cela facilite la vie quotidienne. Pour d’autres, c’est une forme de surveillance qui nuit à la confiance et à la vie privée. Des professionnels de l’accompagnement conjugal livrent leur analyse sur cette pratique à la fois répandue et controversée.
Une pratique pratique… ou intrusive ?
La fonction de localisation instantanée est aujourd’hui disponible sur la majorité des téléphones via des applications comme Google Maps ou Find My. Elle permet à l’autre de savoir où l’on se trouve à tout moment – ou du moins, où se trouve le téléphone.
Certains y voient un moyen d’organiser plus facilement le quotidien : savoir si son épouse est en route pour rentrer permet d’adapter la préparation du repas ou d’éviter les appels répétés. D’autres utilisent cette fonction pour des raisons de sécurité, notamment lorsqu’un conjoint ou une fiancée effectue un long trajet, prend un taxi ou rentre tard. En cas de problème, sa position peut être retrouvée rapidement.
Mais cette possibilité soulève aussi des réticences. Être localisé en permanence peut faire naître un sentiment d’être observé, une perte d’autonomie ou une forme de dépendance numérique. Pour certaines personnes, cela peut fragiliser le dialogue et créer des tensions inutiles.
Ce qu’en disent les thérapeutes
Nicole Saunders, thérapeute familiale, estime que le partage de localisation peut être bénéfique s’il est décidé librement et de manière équilibrée. Elle explique :
« Cela permet d’éviter certains malentendus ou de mieux s’organiser. Au lieu d’appeler ou d’envoyer plusieurs messages pour savoir si la personne est en route ou si elle est sortie des courses, on peut simplement vérifier, puis vaquer à ses propres occupations. »
Cependant, elle précise qu’il ne s’agit pas d’une nécessité, mais d’un outil parmi d’autres. Les couples ont toujours vécu sans cette technologie et ont trouvé d’autres moyens de se coordonner.
À l’inverse, Kurt Smith, thérapeute spécialisé dans l’accompagnement des hommes, déconseille ce genre de pratique dans les relations fragiles. Il affirme :
« Ce genre de fonction n’installe pas la confiance, elle la remplace. Elle alimente les soupçons et peut faire naître des pensées excessives, voire des accusations injustifiées. »
De son côté, la thérapeute Kaitlin Kindman estime que chaque couple est différent.
« Chez certains, cette fonction diminue l’anxiété. Chez d’autres, elle l’amplifie. Si une relation a souffert de trahisons, le partage de position peut devenir une source de tension plutôt qu’un apaisement. »
Des questions essentielles à se poser
Avant de décider ensemble de partager sa localisation, les spécialistes recommandent de discuter de quelques points essentiels :
Existe-t-il une relation de confiance solide et stable entre nous ?
Ce partage serait-il réellement utile pour notre quotidien ?
Cette idée vient-elle des deux ou est-elle ressentie comme une obligation ?
Est-ce que l’un de nous se sent mal à l’aise avec l’idée d’être suivi ?
Cette pratique risque-t-elle d’alimenter des conflits ou de la méfiance ?
Le consentement mutuel est fondamental. Si la localisation est partagée sans discussion ou sous pression, cela peut être vécu comme une atteinte à la liberté individuelle ou une tentative de contrôle.
Le partage de localisation : un outil pratique, mais pas une garantie d’harmonie
Utilisé à bon escient, le partage de localisation facilite certains aspects du quotidien et peut rassurer lorsqu’un partenaire est en déplacement. Toutefois, cet outil ne doit jamais se substituer à une communication authentique ni servir à contrôler l’autre.
Comme le résume Nicole Saunders :
« Si cela génère plus de tensions que de tranquillité, il vaut mieux en parler sérieusement. Ce malaise est peut-être le signe qu’un travail de fond est nécessaire pour renforcer la confiance dans le couple. »

