Le Maroc a enclenché une nouvelle étape dans la préservation de son héritage en lançant officiellement la procédure d’inscription de l’art du zellige de Fès et Tétouan sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. L’annonce a été faite à Salé, lors d’une journée d’étude dédiée à ce savoir-faire ancestral, jalon décisif pour consacrer l’une des expressions artisanales les plus emblématiques du Royaume au rang de patrimoine de l’humanité. Par cette initiative, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication marque sa volonté d’assurer la sauvegarde, la reconnaissance et la transmission d’un art qui façonne l’identité esthétique du Maroc depuis des siècles.
Le projet porté par le ministère s’inscrit dans une dynamique de protection et de valorisation déjà engagée depuis plusieurs années. Il s’agit pour le Royaume de renforcer la place du zellige marocain dans le paysage culturel mondial, mais aussi d’accompagner les artisans qui perpétuent ce métier exigeant. Dans une allocution lue en son nom, Mohamed Mehdi Bensaid a rappelé que cette démarche couronne un ensemble d’actions menées pour inventorier, documenter et protéger juridiquement ce savoir-faire via le « label patrimoine ». Selon le ministre, le zellige n’est pas qu’un ornement architectural : il incarne une mémoire collective, un geste précis transmis de maître à apprenti, et une quête continue de perfection.
L’art du zellige, qui marie géométrie, harmonie des couleurs, architecture et expression artistique, reflète une créativité ininterrompue. Il accompagne l’histoire du Maroc depuis des périodes très anciennes. Les premières traces remontent à l’époque précédant les Almoravides, comme l’a rappelé Othmane El Absi, directeur du Centre du patrimoine de Tétouan. Les vestiges découverts sur le site d’Aghmat témoignent de l’ancienneté de ce métier, qui n’a cessé d’évoluer tout en conservant ses techniques fondamentales. Cette longévité nourrit l’attachement du public comme des artisans à un art vivant, qui continue de s’exprimer dans des créations contemporaines aussi bien que dans la restauration de monuments historiques.
Le zellige de Fès, l’un des plus anciens, constitue une référence mondiale. Mouhcine El Idrissi El Omari, enseignant-chercheur à l’Université Hassan II, a rappelé que plusieurs modèles encore visibles aujourd’hui remontent au XIIIᵉ siècle. Le minaret de la medersa Seffarine ou la Grande Mosquée de Fès Jedid en offrent des exemples remarquables, illustrant l’ingéniosité des artisans marocains dans la maîtrise des formes et des compositions. Quant au zellige de Tétouan, il se distingue par son inspiration maroco-arabo-andalouse. Ses formes ne dépassent pas une vingtaine de compositions principales, mais leur précision et leur agencement confèrent à ce style une identité forte, marquée par un raffinement propre à la ville.
L’art du zellige continue de susciter un intérêt croissant, au Maroc comme à l’étranger. Son usage dans l’architecture contemporaine, dans la décoration intérieure ou dans des œuvres artistiques contribue à son renouveau et entretient sa diffusion. Les maîtres-artisans, les établissements de formation et les chercheurs jouent un rôle central dans cette dynamique, en assurant la transmission des techniques traditionnelles tout en explorant de nouvelles formes d’expression. Le lancement officiel du dossier d’inscription à l’UNESCO vient reconnaître ce travail patient et collectif, qui protège autant qu’il réinvente un pan essentiel de l’identité culturelle marocaine.
En marge de la cérémonie, une exposition intitulée « Le Zellige marocain : un héritage historique et un patrimoine vivant » a été inaugurée. Les pièces présentées, réalisées par des artisans des différentes régions du Royaume, retracent l’évolution de cet art, depuis ses motifs les plus anciens jusqu’aux réalisations les plus contemporaines. L’ensemble rappelle que le zellige, loin d’être figé, reste un langage artistique en mouvement, miroir de la créativité marocaine.
En initiant cette candidature, le Maroc entend inscrire durablement l’art du zellige dans le registre mondial du patrimoine immatériel, et affirmer une fois encore la place centrale de l’artisanat dans la mémoire culturelle du pays. Si l’UNESCO reconnaît ce savoir-faire, il rejoindra la liste des pratiques humaines considérées comme essentielles à préserver et à transmettre, renforçant ainsi la visibilité internationale d’un art profondément enraciné dans l’histoire du Royaume.

