La flambée des prix du pétrole a brutalement secoué les marchés mondiaux lundi, le baril franchissant à nouveau la barre symbolique des 100 dollars au dixième jour de la guerre au Moyen-Orient. Cette hausse spectaculaire, alimentée par les tensions géopolitiques et les perturbations des infrastructures énergétiques dans la région du Golfe, ravive les craintes d’un choc inflationniste mondial et entraîne une forte correction des marchés boursiers.
Peu après l’ouverture des marchés asiatiques, le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, s’échangeait autour de 107,69 dollars vers 08h25 GMT, en hausse de plus de 16%. Quelques minutes plus tôt, il avait bondi de plus de 28% dans des échanges particulièrement volatils. Le brut américain WTI suivait la même trajectoire, progressant de plus de 14% à 103,64 dollars après avoir brièvement enregistré une envolée dépassant les 31%.
La brutalité de ces mouvements dépasse celle observée lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en mars 2022, lorsque le baril avait culminé à 130,50 dollars sans toutefois connaître de variations aussi rapides sur une seule séance.
Les tensions touchent également le marché du gaz. La référence européenne, le contrat TTF néerlandais, progressait de près de 13,5% à 60,58 euros le mégawattheure, après une flambée de près de 30% dès l’ouverture. Cette hausse reflète la nervosité des marchés face aux risques d’interruption des approvisionnements énergétiques.
Au cours du week-end, plusieurs infrastructures énergétiques stratégiques dans la région du Golfe ont été visées par de nouvelles frappes, provoquant l’arrêt temporaire de certaines installations pétrolières et gazières. Ces attaques ont immédiatement alimenté la spéculation sur une réduction de l’offre mondiale d’hydrocarbures.
L’attention des investisseurs se concentre désormais sur le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transitent près de 20% du pétrole mondial ainsi qu’une part importante du gaz naturel liquéfié. La zone reste fortement perturbée par les tensions militaires, faisant craindre un blocage prolongé des flux énergétiques.
La situation s’est encore tendue lundi lorsque l’Iran a lancé des missiles et des drones vers Israël et plusieurs États du Golfe. Cette offensive marque la première action militaire majeure depuis la prise de pouvoir de Mojtaba Khamenei, successeur de l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit. Ce changement à la tête du pouvoir iranien alimente les inquiétudes quant à une escalade durable dans une région qui concentre environ la moitié des réserves mondiales de pétrole et près de 40% des réserves de gaz naturel.
Face à cette flambée des prix, les grandes puissances économiques envisagent déjà des mesures d’urgence pour stabiliser les marchés. Le recours aux réserves stratégiques de pétrole figure parmi les options discutées par les ministres des Finances du G7, réunis lundi par visioconférence sous présidence française afin d’évaluer l’impact économique de la crise.
Selon plusieurs estimations évoquées dans la presse financière internationale, une libération coordonnée de 300 à 400 millions de barils pourrait être envisagée. Ce volume représente environ un quart des réserves stratégiques détenues par les pays membres, estimées à près de 1,2 milliard de barils.
Une telle mesure permettrait de compenser temporairement les perturbations liées au détroit d’Ormuz. En temps normal, ce passage voit transiter entre 17 et 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés chaque jour. Une libération de réserves équivalente couvrirait ainsi deux à trois semaines de flux habituels si le détroit restait paralysé.
La nervosité s’est rapidement propagée aux marchés financiers. Les Bourses européennes ont ouvert en nette baisse, pénalisées par la hausse des coûts énergétiques et les risques inflationnistes. À Paris, l’indice CAC 40 reculait de plus de 2,5% dans les premiers échanges, tandis que Francfort cédait 2,4% et Milan plus de 2,1%. Londres limitait un peu les pertes grâce à la progression des grandes compagnies pétrolières présentes dans son indice phare.
En Asie, la correction a été encore plus brutale. L’indice Nikkei à Tokyo a terminé la séance en chute de plus de 5%, tandis que la Bourse de Séoul a décroché de près de 6%. Ces économies sont particulièrement vulnérables aux fluctuations du prix du pétrole en raison de leur forte dépendance aux importations d’énergie.
La hausse des prix de l’énergie ravive également la question de l’inflation, un sujet que les banques centrales tentaient de contenir depuis deux ans. Les investisseurs anticipent désormais un maintien prolongé de taux d’intérêt élevés pour éviter une nouvelle spirale inflationniste.
Cette perspective se reflète déjà sur les marchés obligataires. Le rendement de la dette française à dix ans atteignait 3,60%, contre 3,51% lors de la précédente clôture. Les taux britanniques et italiens ont également progressé, traduisant les tensions financières liées à la nouvelle crise énergétique.
Dans l’immédiat, l’évolution des marchés dépendra largement de la situation au Moyen-Orient. Toute perturbation durable des exportations de pétrole dans la région pourrait prolonger la hausse des prix et accentuer les pressions sur l’économie mondiale.


