Les dernières précipitations enregistrées à la fin du mois de décembre ont introduit une inflexion notable dans la situation hydrique du Royaume, marquée depuis plusieurs années par une pression persistante sur les ressources en eau. En l’espace d’une seule journée, entre le 27 et le 28 décembre 2025, les barrages et bassins marocains ont bénéficié d’un apport global dépassant les 117 millions de mètres cubes, selon les données officielles.
Ce regain hydrique s’inscrit dans une dynamique plus large de redressement progressif des réserves nationales. À la date du 26 décembre 2025, le taux de remplissage global des barrages atteint désormais 36 %, pour un volume stocké estimé à plus de 6 milliards de mètres cubes. Une évolution qui, sans effacer les séquelles des années de sécheresse, traduit l’impact immédiat des épisodes pluvieux sur les infrastructures de stockage.
L’analyse par bassin hydraulique met en lumière une concentration des apports dans les régions du nord et du centre du pays. Le bassin du Sebou confirme son rôle pivot avec plus de 35 millions de mètres cubes engrangés, devant celui de l’Oum Er-Rbia qui a renforcé ses réserves de plus de 22 millions de mètres cubes. Des volumes qui contribuent significativement à l’équilibre hydrique national.
Dans la même dynamique, le bassin du Loukkos a enregistré près de 20 millions de mètres cubes, tandis que Bouregreg-Chaouia a bénéficié d’apports avoisinant les 19 millions de mètres cubes. Ces chiffres témoignent d’une reprise tangible dans des zones particulièrement sensibles aux aléas climatiques.
Plus au sud, les apports demeurent plus mesurés mais restent significatifs dans le contexte actuel. Le bassin du Souss-Massa a recueilli un peu plus de 11 millions de mètres cubes, contre près de 6 millions pour le Tensift. À l’est, le bassin de la Moulouya a enregistré des apports plus limités, avoisinant les 2 millions de mètres cubes.
Cette amélioration rapide des niveaux de retenue a entraîné, dans certains cas, des opérations de déversement préventif. Plusieurs barrages, notamment Nakhla, Chefchaouen, Chérif Al Idrissi, Bouhouda, M’naa Sebou, Sidi Driss et Sidi Saïd Maachou, ont vu leurs niveaux atteindre des seuils nécessitant une gestion active des volumes stockés, signe d’un redressement réel mais encore fragile.
Si ces indicateurs constituent un signal positif, les autorités hydrauliques insistent sur la nécessité de relativiser leur portée. Les épisodes pluvieux ponctuels, aussi bénéfiques soient-ils, ne sauraient à eux seuls combler un déficit hydrique structurel. La sécurisation durable de l’eau demeure tributaire d’une gouvernance rigoureuse, d’une rationalisation accrue des usages et de la poursuite des investissements dans les infrastructures, la dessalinisation et la réutilisation des eaux non conventionnelles.


