À Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a mis en avant une nouvelle architecture de la politique hydrique nationale articulée autour des Programmes de développement territorial intégré (PDTI), présentés comme un levier central pour renforcer la solidarité entre les territoires et garantir un accès plus équitable à l’eau à l’échelle du Royaume.
Intervenant lors de la 2e édition du MAP Town Hall, organisée sous le thème de la Vision Royale de l’eau, le ministre a souligné que ces programmes, élaborés conformément aux Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, visent à corriger les déséquilibres territoriaux en matière d’accès aux ressources hydriques. Selon lui, l’eau n’est plus uniquement une ressource technique à gérer, mais un véritable pilier de développement territorial intégré, articulant cohésion sociale, aménagement du territoire et résilience climatique.
Dans ce cadre, les PDTI s’inscrivent dans une continuité stratégique avec les Plans directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) et le Plan national de l’eau (PNE), qui structurent la planification hydrique à l’échelle nationale et régionale. Ces instruments permettent d’évaluer de manière fine l’offre disponible et la demande en eau, tout en définissant les arbitrages nécessaires pour préserver l’équilibre des usages entre agriculture, eau potable et développement industriel.
Le ministre a également mis en avant le rôle du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI), conçu pour accélérer les investissements dans les infrastructures hydriques, renforcer la sécurité en eau potable et soutenir l’irrigation agricole, particulièrement dans un contexte de pression climatique croissante.
Autre levier majeur évoqué : la mise en place des Sociétés régionales multiservices (SRM), destinées à regrouper la gestion de l’eau potable, de l’électricité et de l’assainissement liquide. Cette réforme structurelle repose sur une logique de mutualisation et de solidarité entre zones urbaines et rurales, avec pour objectif d’améliorer la qualité du service public et d’assurer une couverture plus homogène des besoins essentiels.
Sur le plan des infrastructures, le Maroc poursuit l’extension de sa stratégie de dessalement de l’eau de mer. Le Royaume dispose actuellement de 17 stations, pour une capacité globale d’environ 410 millions de mètres cubes par an. Plusieurs projets sont en cours de réalisation, notamment à Casablanca et Dakhla, tandis que des extensions concernent les stations de Jorf Lasfar et Safi. À l’horizon 2030, de nouvelles installations sont programmées à Tanger, Rabat, Souss-Massa, l’Oriental, Guelmim-Tan Tan, Essaouira et Tarfaya.
Cette dynamique s’inscrit dans une évolution plus large de la gouvernance hydrique nationale, marquée par le passage d’une gestion centrée sur les ressources conventionnelles à une approche combinant différentes sources, incluant le dessalement, la réutilisation des eaux et la rationalisation de la demande. Elle traduit également une évolution de la solidarité hydrique, désormais élargie entre zones littorales, urbaines et intérieures.
Le ministère de l’Équipement et de l’Eau mise par ailleurs sur l’amélioration des rendements des réseaux de distribution, avec un objectif de 80 % à l’horizon 2030, ainsi que sur l’optimisation des systèmes d’irrigation via la reconversion vers des techniques localisées, plus économes en eau. Une attention particulière est également accordée à la sensibilisation des citoyens à l’usage rationnel de cette ressource stratégique.
Le MAP Town Hall, nouveau format du forum de l’agence MAP, s’est imposé comme un espace de débat entre responsables publics, experts et acteurs institutionnels autour des grandes politiques publiques, avec un accent particulier sur les enjeux de développement et de gouvernance.
En filigrane, cette rencontre confirme la place centrale de la politique de l’eau dans les priorités nationales, à la croisée des impératifs de développement territorial, de sécurité hydrique et d’adaptation aux changements climatiques.

